Vertige du risque

Tout est prévu

 

Si vous vous êtes fatiguée allez à la campagne ! Alors je cherche. Je lis une annonce qui me convient. C’est un gîte dans un corps de ferme. Il y a des commentaires. Dommage dit l’un d’eux, qu’il y ait de la boue. Le plaisir de la campagne a ses limites ! Nous ne cessons de rêver d’écosystème, mais la boue terreuse en semble exclue.

 

La Musique

 

J’ai mis du temps à comprendre que la vraie marque de distinction culturelle était la musique. Je cherche un cinéma et me trompe de lieu. Ma tenue ne révèle pas autre chose que détente ou dilettantisme : une femme énervée, agacée et agaçante me demande ce que je fais là. Je reste muette ne sachant plus où je suis . Ici on joue un opéra me dit-elle. C’est de la musique chantée… et c’est long rajoute-t-elle. De quoi creuser l’écart !

 

Conte

 

Il est en bas de l’immeuble. Il a pris des cartons et s’en est fait une maison.
Il était un petit homme, Pirouette, cacahuète…
Les contines n’ont jamais été des contes pour enfants.

 

Dans la marge

 

On donne plus au handicapé dans une société qui voit dans le handicap un manque, une privation. Le handicap pose la question de la valeur de nos normes. Monde à sens unique où la norme est portée par les bien-portants. Habitons la marge, seul lieu possible de la correction. Corriger suppose rectifier. Il faut se situer à côté de la norme pour en mesurer la courbure.

 

Voir

 

Qui dit que les yeux sont faits pour voir ? Nous voyons parce que nous avons des yeux. C’est l’habitude qui nous les a rendus nécessaires. Il y avait d’autres possibles. Tirésias était aveugle et voyait au-delà du regard. Oedipe voyait clair et devint parricide puis épousa sa mère. Il creva ses yeux.

 

Méfions-nous de la morale

 

Moi, je… qui est ce je ? Un pur énoncé du discours ? Une intériorité secrète… J’opte pour la relation. Bien sûr c’est paradoxal. Moi semble exclure l’autre. Mais comme il est prisonnier de sa reconnaissance par celui qui fait face ou marche à ses côtés, il en est tributaire. Pas d’orgueil sans la présence de celui qui m’ouvre à ma présence. Chercher la bienveillance est un principe moral qui me refuse toute autonomie. La relation doit être biface : autrui est aussi en relation. Nos orgueils se croisent. Exister c’est sortir se soi pour retourner à soi. La vie est plus que ce mouvement d’extériorité. Elle intègre l’autre comme celui qui me fait choisir ma vie… l’orgueil n’est pas qu’un moment fustigé par la morale. C’est la condition de son dépassement, le point zéro de la vie sociale. Une éthique.

(

Les trois Petits Cochons

 

Le meilleur bien sûr est celui qui a pris le temps de construire la maison en briques.
Le loup souffla souffla et la maison ne bougea pas.
La chèvre de Monsieur Séguin était trop indépendante.
Le loup la mangea.
Le petit chaperon rouge était trop coquette…et faillit y passer
Le vieil âne gris mourut d’épuisement…
Morale bourgeoise…libre d’énoncer des poncifs…
Elle asphyxie l’homme ou la femme porteurs de création.
Existe-t-il une morale non bourgeoise ?
Je la cherche.

 

La Liberté Handicapée

 

Dans l’imaginaire collectif le handicap fait peur. Les uns détournent le regard, d’autres observent avec une curiosité mêlée de crainte et de satisfaction. Le handicap c’est la contingence, ce qui aurait pu ne pas arriver si…

Les entreprises ont leur quota, la curiosité publique aussi. Peu efficace celui qui en est atteint dans une société du profit.

Hors jeu. Hors tout.

On parle sans cesse de lien social. Le handicap délite le lien. D’ailleurs on dit le handicapé. On en oublie l’humain. Une voiture stationne sur une place réservée aux… handicapés.

 

Pertes et Profits

 

En ces temps de jouissance comme nous le commande le goût de la propriété, il y a ceux que l’on assiste… au point de leur rappeler sans cesse qu’ils sont sous tutelle. On appelle cela bienveillance. C’est à ces moments là qu’on voit les ravages de la bonne conscience. Les ravages aussi de tous ces discours généralistes. Un handicapé a besoin de…

Le handicap c’est terrible. Terreur pour qui ?

Oui c’est terrible quand on oublie que ce substantif est une personne avec ses histoires, sa mémoire, sa parole, son silence. Alors on parle à sa place. On se met littéralement à sa place.

 

Le Don

Etre au monde c’est un don. Un donné. Existence nullement réfléchie, juste vécue. Mais ce donné ne revient pas à se donner.

Allez à l’école!

Ils y vont tous les jours, un peu perplexes. Leur professeur leur a dit qu’école en grec se traduit par liberté. L’école c’est le loisir. Pas les loisirs. Pas la consommation. Alors un petit malin pose la question : et après c’est quoi ? Silence du pédagogue

 

Exister

redesigntheway:

Exister n’est pas vivre. D’où les querelles sur l’euthanasie. D’où la réflexion nécessaire sur le travail. Pourquoi ne travailler que pour reproduire sa force de travail ? Le salaire ne fait pas vivre. Il entretient la machine.

 

Serpentins

 

Une vipère en colère, c’est la vie de mon père une couleuvre qui se coule et œuvre à son repos quotidien, c’est la vie de ma mère. Un aspic pas très loin d’un as de pic au jeu de cartes de ma grand-mère, se piqua d’aller rendre visite à son ami le boa, grand buveur de bons mots depuis ses jours passés à l’ombre du cou de la femme du contremaître . Le boa voit l’aspic, mais surtout un courtier, à dos de mulet. De le rencontrer ici il ne se sent plus de joie. Il ouvre un large bec et aspire le pauvre aspic. Morale : dans ce monde des reptiles, aux sinueuses démarches rampantes, ne faites jamais confiance à un boa constrictor. Son monde est celui des courtiers d’assurance, et il est peu contrit par le destin d’un aspic qui s’était trompé de chemin.

 

J’ai rencontré Betty Boop

 

Fantasme du masculin, elle est la Marilyn brune, miroir de la blonde. Elle est sur scène, pas très loin du loup au regard rapace. Les dollars l’embaument. Elle joue avec lui. Que faire d’autre avec les financiers ? Se jouer de leur boulimie vorace et puis éteindre les feux de la rampe. Betty Boop le sait, elle qui chante mièvrement le désir vide de celui qui possède tout

 

Les feux de l’amour

 

Elle se met sur le canapé. Fatiguée de ses journées où tout se répète dans la tiédeur moite de ce printemps de mai. On lui a offert du lilas. Comme tous les ans, elle aime sa senteur. Mauve embellie. Un clic sur la télécommande… L’amour pour rêver, ou faire semblant d’y croire. L’amour degré zéro de l’écriture qui emplit cette liberté en friche. L’amour n’existe que dans les rêves du solitaire… ou l’écriture du poète porté par un divin enthousiasme. Amour carton-pâte, amour cartoon de la télé-réalité.

 

redesigntheway: “ La Philosophie peut-elle nous aider à décrypter «le monde du travail» ? C’est le pari que nous avons fait avec @maryseemel. Retrouvez ses billets #philo ici : http://blog.redesigntheway.io/tagged/MaryseEmel ”

 

La Philosophie peut-elle nous aider à décrypter «le monde du travail» ?

C’est le pari que nous avons fait avec @maryseemel. Retrouvez ses billets #philo ici : http://blog.redesigntheway.io/tagged/MaryseEmel

 

Il s’appelle Job

 

Il s’appelle Job. Il a tout perdu en un jour. Sa réputation, sa famille, sa fortune. Dieu voulait l’éprouver.
Il y a beaucoup de Job qui n’ont pas encore rencontré Dieu pour leur en expliquer la raison.
Ils attendent dans des endroits de fortune espérant une venue, un message.
On les prend pour des fous. Peut-être ont-ils passé la frontière du raisonnable. Mais la raison n’en est-elle pas là quand elle devient calcul de ratio, comptable de mes repas possibles en fin de mois, juge de mes actes quand j’ai faim ?

 

Certains avancent à coup de pompe

 

Et ils pompaient, pompaient, pompaient…Vous vous rappelez ? Il y a ceux qui pompent à l’école , pompeur souvent arrosé celui qui te pompe toute ton énergie celui qui a de belles pompes, dans la langue de Molière, eh oui ! Faut le lire Molière avant d’en parler celui qui donne un coup de pompe celle qui a un coup de pompe devant un grand brun aux propos pompeux le pompier et le pompiste qui en ont….des pompes…dans le style humour pompier Ne me casse pas les pompes…plus délicat La Pompadour et les pompes funèbres….quel rapport ? Les grandes Pompes les Shadoks pompaient, pompaient les tueurs de mots Motus

 

Il s’appelle Job

 

Il s’appelle Job. Il a tout perdu en un jour. Sa réputation, sa famille, sa fortune. Dieu voulait l’éprouver.
Il y a beaucoup de Job qui n’ont pas encore rencontré Dieu pour leur en expliquer la raison.
Ils attendent dans des endroits de fortune espérant une venue, un message.
On les prend pour des fous. Peut-être ont-ils passé la frontière du raisonnable. Mais la raison n’en est-elle pas là quand elle devient calcul de ratio, comptable de mes repas possibles en fin de mois, juge de mes actes quand j’ai faim ?

 

Le rouet de la fortune

 

La Belle aux Bois Dormants dans la cour du château se délassait. De quoi ? De son oisiveté sans doute. Puis vous connaissez la suite : au rouet elle se piqua. C’était alors le début du syndicalisme. La femme au rouet avait demandé une augmentation de salaire, compte-tenu de la plus-value et des années d’exploitation de sa personne. Ne comprenant rien au discours de l’économie keynésienne, le roi et la reine avaient tenté de l’amadouer en partageant le gâteau. Elle était allergique à la farine de blé. Elle se vengea avec son rouet et la belle princesse, leur fille, s’endormit sur son beau lit fiscal. Ce que l’on sait moins, c’est qu’un Prince charmant, peut-être le mari de Blanche Neige occupée par ses pépins, s’était perdu dans la forêt – la psychanalyse je la laisse à Bettelheim. Bref il s’était égaré. Il découvrit alors la belle endormie. Il vit le lit. Son meilleur ami s’occupait de redresser les comptes (ou les contes ? ) de l’Etat. C’est pour cela qu’il l’embrassa, c’est à dire la prit dans ses bras, non pour lui faire la cour mais pour l’emmener de ce pas à la cour aux contes ou aux comptes, comme vous voulez ! Et là on lui fit un sort. Depuis elle veille au grain, et lit Piketty.

 

Une éducation d’avant-garde

 

Qui peut assurer que les sept nains de l’histoire aimaient aller casser des pierres ou que Blanche Neige aimait jouer du plumeau ? Ils chantaient pour y croire et elle, elle avala une pomme tant la boulimie la guettait. La pomme et ses pépins… vous saisissez ? D’accord elle a eu des pépins, des ennuis, comme on dit, avec sa marâtre. Celle-là l’avait mise d’abord entre les mains d’un chasseur pour lui apprendre le jeu du loup et de la brebis. Il en eut assez de toujours gagner. Il la déposa chez les sept nains. Ils lui offrirent un plumeau, mais elle parlait trop. Alors la marâtre déguisée en marchande, lui fit avaler la pomme et ses pépins. Et elle couva, couva… une sorte d’insémination avant l’heure. Un preux et jeune chevalier passait. Clef en main la princesse : un plumeau et des petiots. Une bonne augure pensa-t-il en jeune homme bien élevé. Un gain de temps ! Guerroyer, il irait et la donzelle à la maison resterait. Elle n’en attendait pas tant Blanche Neige, le modèle pour petites filles sages ; elle eut un hoquet de joie et eut des prématurés.
Morale de l’histoire : si vous voulez bien éduquer les filles, donnez-leur des pommes à manger ! Elles en oublieront leurs désirs gourmands… se marieront et beaucoup d’enfants elles auront. Une aubaine pour Pôle Emploi.

Changer de logique

 

La cigale ayant chanté tout l’été se trouva fort aise quand la bise fut venue…elle avait décidé de prendre en main sa vie, et chanter lui était plaisant. Alors fi de la loi d’accumulation, de la jouissance du propriétaire terrien et des fatigues au quotidien. Sa voisine la fourmi, à force de mettre à l’abri ses réserves, avait obtenu un mois d’arrêt pour dépression. Et, ne connaissant pas la chanson, elle ne sortait plus de son lit. La cigale lui rendit visite, et ressortit aussi sec. Elle était à sec, certes, mais sa voisine la fourmi nageait dans l’infini océan de la nuit et du doute, lâchant peu à peu prise. Elle était maintenant bien loin de la marge rassurante qui la séparait du bord.

 

Puit sans fond

 

La source a tari, on lui dit puise encore, va plus au fond,
Il y retourne
Cherche encore
Le puits est sec et la terre boueuse jadis montre ses veines desséchées
Il puise le vide
Dans un cri il ouvre ses veines
Et puise
Nosferatu de la nuit
L’étoile se meurt de cette vision

 

Marcher Droit

 

Tripalium, un mot latin pour dire la douleur du travail, pour marcher droit, ne pas sortir du sillon.
Pas de déambulation. Juste une démarche inscrite dans le corps et le cortex. Apprendre à démarcher, s’adapter au marché sans flâner…
Sillonner les routes de l’information sans répit, hors de soi, out, burnout

redesigntheway: “ Par Yang, Jenny Chan, Xu Lizhi aux ed Agone, coll Cent Mille Signes Pendant que l’Occident prépare sa révolution numérique, de l’autre côté, en Chine, Foxconn, multinationale de la sous-traitance de l’électronique inflige de telles...

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Par Yang, Jenny Chan, Xu Lizhi aux ed Agone, coll Cent Mille Signes

Pendant que l’Occident prépare sa révolution numérique, de l’autre côté, en Chine, Foxconn, multinationale de la sous-traitance de l’électronique inflige de telles conditions de travail aux ouvriers, la plupart immigrés, que pour éviter les suicides massifs, des filets sont attachés aux fenêtres. N’empêche. Ces hommes et ces femmes privés d’avenir préfèrent encore mourir. La sociologue Jenny Chan enquête et explique comment certains entrepreneurs en arrivent à une totale déshumanisation de l’humain.

Tuer la réflexion, la rêverie, l’imaginaire… c’est tuer l’homme.

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Ruminer

 

Les vaches sont paisibles et ruminent dans le pré. Ruminer lentement…pléonasme. A-t-on déjà vu une vache foncer dans un champ pour se jeter dans l’herbe et l’avaler d’une traite ? Non. Peut-être dans les dessins animés. Une vache qui jouerait à chat perché ? Une vache qui se prendrait pour un taureau dans une sorte d’erreur d’aiguillage de la reproduction. Rumine c’est vrai la vache. Prend son temps. L’image de la pensée à l’œuvre comme disait Nietzsche. Rien à voir avec la mouche, même si nous ne savons que si peu de choses à propos des mouches. Il y a bien sûr les mouches de la vengeance qui collent à la peau, si on s’appelle Sartre. La mouche au cinéma, celle qui vous transforme en monstre, la mouche de la Précieuse, le mouchoir que vous jetez aux pieds de la femme élue – rien à voir avec la bestiole volante – la mouche de la colère, la mouche qu’il gobe – on ne gobe pas une vache – la mouche parasite alimentaire…certes la vache peut être mouchetée, attirer les mouches, elle poursuit la rumination de ce lait à la couleur florale de l’embellie d’un après-midi. Il y a de la délectation dans la pensée.

Pénélope femme libre

 

Elle attend Ulysse sans l’attendre Son attente est faite de mots, de la trame du texte, Les prétendants elle s’en moque. Elle tisse. Toile du désir, elle crée sa vie. Travaille au rythme de son désir Elle n’attend pas Ulysse, juste ce désir de vivre que son œuvre réalise. Femme cadre dit-on d’elle. Elle est aux Ressources humaines. Sa mission elle l’a acceptée : alimenter les chiffres du chômage. Elle examine les plans de restructuration. Elle y trouve son nom. C’est son tour. Elle a cinquante ans. Moins productive, moins naïve aussi. Elle ouvre la fenêtre. Respire. C’est l’heure. Elle reste là à regarder l’horizon. Elle n’ira pas à Pôle Emploi. Non. Elle ira prendre les rayons matinaux du soleil Et réfléchira. C’est si rare quand on est cadre de penser à soi. Il est l’heure de s’affranchir et de suivre du regard l’horizon qui s’ouvre. La fin n’est que le commencement d’une nouvelle histoire. Elle prend sa toile et tisse son histoire.

 

Histoire d’âne

 

Il était une fois un âne. On les qualifie souvent de benêts les ânes Une vieille histoire sans doute qui doit leur venir d’un âne un peu susceptible C’est vrai qu’à bien y réfléchir, il y en a un L’âne de Buridan Une vieille histoire de logique L‘âne de Buridan est une fable philosophique célèbre, attribuée au philosophe scolastique Buridan et mettant en scène un âne qui se laisse mourir de faim, faute d’avoir pu choisir entre un plat d’avoine et un seau d’eau. Situation absurde. On choisit toujours. Pour Descartes, on se laisse porter par les événements, ce qu’il nomme liberté d’indifférence. Mais on choisit. Non répond Leibniz : « Il y aura donc toujours bien des choses dans l’âne et hors de l’âne, quoiqu’elles ne nous paraissent pas, qui le détermineront à aller d’un côté plutôt que de l’autre. Et quoique l’homme soit libre, ce que l’âne n’est pas, il ne laisse pas d’être vrai par la même raison, qu’encore dans l’homme le cas d’un parfait équilibre entre deux partis est impossible. » On cherche alors à se connaître pour éviter d’être victime de soi…ou on agit en usant bien de sa volonté. Descartes appelle cela la générosité. Volonté sous emprise ? Peut-être. Mais si l’illusion rend « content » pour parler comme Descartes je préfère. Absurdité logique rétorque Leibniz. Les choix ne sont jamais équilibrés. A nous alors de repenser la logique.

Châteaux de sable

 

Deviens ce tu es écrivais Nietzsche. Phrase énigmatique de l’oracle de Delphes.
Conjuguer le présent au futur pour en faire un présent.
Ne jamais se baigner deux fois dans la même eau.
Réaliser ce « moi » en sachant qu’il n’est pas figé dans une identité morbide.
Le travail qui me fixe un poste…
Me laisse à mon poste
Comme un vigile qui jamais ne dort et ne sort de là où il est
Enfermé dans un impossible devenir
C’est ignorer l’humain que de vous demander de rester là…et de ne pas ouvrir un au-delà du sable mouvant.
Ignorance sans émotion qui vous laisse vous enfoncer doucement dans les limbes accueillantes du silence

 

Pour méditer : Rodin

redesigntheway:

Ce qui manque le plus à nos contemporains, c’est, il me semble, l’amour de leur profession. Ils n’accomplissent leur tâche qu’avec répugnance. Ils la sabotent volontiers. Il en est ainsi du haut en bas de l’échelle sociale. Les hommes politiques n’envisagent dans leurs fonctions que les avantages matériels qu’ils peuvent en tirer, et ils paraissent ignorer la satisfaction qu’éprouvaient les grands hommes d’État d’autrefois à traiter habilement les affaires de leur pays. Les industriels, au lieu de soutenir l’honneur de leur marque, ne cherchent qu’à gagner le plus d’argent qu’ils peuvent en falsifiant leurs produits ; les ouvriers, animés contre leurs patrons d’une hostilité plus ou moins légitime, bâclent leur besogne. Presque tous les hommes d’aujourd’hui semblent considérer le travail comme une affreuse nécessité, comme une corvée maudite, tandis qu’il devrait être regardé comme notre raison d’être et notre bonheur. Il ne faut pas croire d’ailleurs qu’il en ait toujours été ainsi. La plupart des objets qui nous restent de l’ancien régime, meubles, ustensiles, étoffes, dénotent une grande conscience chez ceux qui les fabriquèrent.L’homme aime autant travailler bien que travailler mal ; je crois même que la première manière lui sourit davantage, comme plus conforme à sa nature. Mais il écoute tantôt les bons, tantôt les mauvais conseils ; et c’est actuellement aux mauvais qu’il accorde la préférence.Et, pourtant, combien l’humanité serait plus heureuse, si le travail, au lieu d’être pour elle la rançon de l’existence, en était le but ! Pour que ce merveilleux changement s’opérât, il suffirait que tous les hommes suivissent l’exemple des artistes, ou mieux qu’ils devinssent tous des artistes eux-mêmes : car le mot dans son acception la plus large signifie pour moi ceux qui prennent plaisir à ce qu’ils font. Il serait à désirer qu’il y eût ainsi des artistes dans tous les métiers : des artistes charpentiers, heureux d’ajuster habilement tenons et mortaises ; des artistes maçons, gâchant le plâtre avec amour ; des artistes charretiers, fiers de bien traiter leurs chevaux et de ne pas écraser les passants.Cela formerait une admirable société, n’est-il pas vrai ? Vous voyez donc que la leçon donnée par les artistes aux autres hommes pourrait être merveilleusement féconde.-‘

Attraper l’étoile filante

 

A quoi bon imaginer ? Imagination maîtresse d’erreur disait Pascal. Il écrivait cela à propos de l’amour. Si j’aime c’est souvent les qualités, c’est-à-dire ce qui est éphémère en l’individu, ce qu’on appelle l’apparence. Dix ans après la foudre, elle dit, il dit…ce n’était que cela ? et dire que j’ai consumé ainsi dix ans de ma vie ! On a aimé son travail. On rêvait alors. On imaginait. On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans écrit Rimbaud. Certes ! Mais vivre c’est croire en soi, en toi, en ce travail qui est moi aussi. Puis le temps passe…non c’est moi qui passe. Et je pense. Je pense à ma vie, à ce travail qui s’est emparé de moi. Qui me laisse aujourd’hui désemparé. Je clamais alors ma liberté. Je reste là devant mon écran plat. Vivre c’est s’imaginer dans un désir de soi qui jamais ne s’éteint. Voilà ce que j’ai compris. Alors je sors et je cours. Je veux rattraper cette étoile qui file dans le ciel, semblable à ce désir qui jaillit de l’homme libéré des contraintes de l’apparence, de la femme qui s’anime de cet accomplissement de soi.

Fatalité

 

J’aime cette phrase de V. Jankelevitch :

L’antiphilosophie risque, par sa stérilisation et le tarissement à la source, de fabriquer une génération d’abrutis manipulables et parfaitement dociles, incapables non seulement de réagir, mais de comprendre l’enjeu” .

La liberté ce n’est pas tout accepter. Soumission quand tu nous tiens !

Penser est la première liberté, celle qui nous enjoint de risquer nos certitudes, de les mettre à l’épreuve, de les passer au scalpel du doute. Il ne s’agit pas de s’enliser ou de se noyer dans l’océan sceptique.
Je n’ose plus sortir. Les médias entretiennent cet étrange sentiment qui m’éloigne de moi chaque jour un peu plus. Les salariés attendent un plan de restructuration. Délocalisation.
Je suis abattu.
« Ainsi n’est-on jamais sûr d’obtenir ce que l’on avait prévu. Le risque alors c’est de s’en remettre, vaincu, aux affres du hasard, ou de la fatalité, ce qui revient au même. Dans ces deux cas on n’agit pas, on se laisse mener par les circonstances. » Aristote, Ethique à Nicomaque

Le risque, ici, c’est de ne pas choisir, de ne pas se risquer, se soumettre à l’ordre des choses qui m’ordonne de me taire.

Risquer de tout perdre ou de gagner : tel est le choix

 

Réveille-toi !

 

Dans la rue il y a cet homme qui a tout perdu. Sans travail, sans domicile, perdu à lui-même. La nuit il a peur du silence des étoiles. La peur nous habite tous. Et si …si je perdais mon travail ? si je ne trouvais plus la force de répéter cette mécanique matinale ? Me lever, déjeuner, préparer cette mise en scène de moi-même ? Je lis Epictète. Nous craignons d’abord des représentations fruits de notre imagination. Cette peur de demain n’est que crainte de ce qui n’est pas encore, de ce qui n’est pas. Je redoute un a-venir qui n’est que fossilisation de mes projections. Réveille-toi homme de la rue… libère ta force créatrice ! Ce n’est pas le moment de renoncer à ce qui fait en toi l’humain. Risque-toi à vivre…

Vertige du risque

 

Sensation d’oscillation au bord du vide. On va tomber, on sent l’appel de la béance. Ouverture des possibles. Résister à ce gouffre. Il est au travail. Ce travail l’absorbe. Il y est nuit et jour. Même quand il rentre chez lui, son absence à ce monde-refuge l’inquiète. Il voit trouble. Où sont ses assises ? Il est enlisé dans ce quotidien. Univers bienveillant de la performance à laquelle son âge ne peut échapper. Il doit choisir. Risquer ce confort douloureux. Choisir ou prendre le risque de sa liberté. « Il est libre Max » chante la radio Oui, lui aussi au bord du vertige peut s’envoler.

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