HEGEL

Phénoménologie de l’Esprit Traduction J.Hyppolite

- Commentaire : Jean-François Marquet, Leçons sur la Phénoménologie de l’esprit de Hegel Editions Ellipses, Paris 2004, pp. 39-48
Un extrait de la leçon III, consacré à la certitude sensible

- Hegel Philosophie de la nature Tome 1
- Hegel Philosophie de la naturetome 2

- Hegel La logiqueTome 1
- Hegel La logiqueTome 2

- Hegel Principes de la philosophie du droit Préface Jean Hyppolite

- Hegel Leçons sur l’histoire de la philosophie

- Esthétique, Introduction, traduction de Charles Bénard (1875).

- Esthétique, La peinture. Traduction, présentation, notes et commentaires par Patrice Henriot. À télécharger sur le site : http://www.ac-grenoble.fr

- Hegel et le droit
par Bernard Bourgeois 2008

- Eric Weil, Hegel et l’Etat

- Hegel et la fin de l’histoire Bernard Bourgeois déc 2005

Recensions et entretiens

- Gilles Marmasse : L’histoire hégélienne entre malheur et réconciliation, par Thibaut Gress
17 février 2016

- Jean-François Marquet : Le Vitrail et l’Énigme 
4 janvier 2016

- Entretien avec Jean-François Kervégan : autour du Manuel de l’Idéalisme allemand (partie I)
7 septembre 2015

- Maxence Caron : Le Contrepoint de Hegel
27 novembre 2014

- Gilles Marmasse, Alexander Schnell (dir.) : Comment fonder la philosophie ? 
7 novembre 2014

- Richard Kroner : De Kant à Hegel (volume II)
3 novembre 2014

- Richard Kroner : De Kant à Hegel (volume I)
23 avril 2014

- Ludwig Siep : La philosophie pratique de Hegel
6 janvier 2014

- Olivier Tinland : L’idéalisme hégélien
30 avril 2013

- Bernard Mabille et Jean-François Kervégan (dir.) : Hegel au présent.
10 avril 2013

- Benoît Okolo Okonda : Hegel et l’Afrique
7 février 2013

- Hegel : Encyclopédie des Sciences philosophiques en abrégé
20 septembre 2012

- Slavoj Zizek : Le plus sublime des hystériques.
10 avril 2012

- Amady Aly Dieng : Hegel et l’Afrique noire
8 janvier 2012

- Henri de Monvallier : Le musée imaginaire de Malraux et Hegel
15 octobre 2011

- Judith Butler : Sujets du désir
25 septembre 2011

- Claire Pagès : Apprendre à philosopher avec Hegel
10 mars 2011

- Emmanuel Cattin et Franck Fischbach (dir.) : L’héritage de la raison.
6 octobre 2010

- Alain Patrick Olivier : Hegel, la genèse de l’esthétique
13 septembre 2009

- Czeslaw Michalewski (dir.) : La Phénoménologie de l’Esprit à plusieurs voix
10 septembre 2009

- Maxence Caron (dir.) : Hegel
29 août 2009

- Hegel : La Vie de Jésus, précédé de Dissertations et Fragments de l’époque de Stuttgart et Tübingen
6 août 2009

- Joseph Cohen : Le sacrifice de Hegel
18 juin 2009

- Gérard Lebrun, L’envers de la dialectique
30 mars 2009

- Rudolf Haym : Hegel et son temps, Leçons sur la genèse et le développement, la nature et la valeur de la philosophie hégélienne
24 janvier 2009

- Jean-François Kervégan : L’effectif et le rationnel
22 septembre 2008

Quand la démocratie sort de ses limites

Thématique “Vers un renouvellement des pratiques démocratiques ?” Article publié dans le groupe de la Revue Contre-Labyrintiques

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QUAND LA DEMOCRATIE SORT DE SES LIMITES (1/2)
(par Maryse Emel, professeur de philosophie)

Introduction :

Cette série d’articles cherche à comprendre l’”entropie démocratique” qui redessine les contours – ou leur dissolution – du “pouvoir du peuple”. Le problème avec la démocratie est d’abord celui de la définition de l’intérêt commun. Comment en effet parvenir à un accord fondé sur la majorité, voire l’unanimité qui ne soit pas simplement une arithmétique arbitraire ?

Le nombre n’est pas en effet un critère suffisant pour prendre une décision juste et vraie. La décision qui sera prise sera arbitraire du fait du jeu persuasif des orateurs. Le nombre n’est pas critère du vrai, quand il est ramené à une simple addition des opinions. Il mesure tout au plus la force rhétorique du jeu de persuasion. Dès lors définir le peuple comme une simple addition d’intérêts est incompatible avec l’idée de démocratie.

Ce qui anime ce travail est le souci de penser l’ici et maintenant, en s’interrogeant sur le sens de notre démocratie quand l’Etat gouverne par décret et dans l’état d’urgence.

Comment construire un intérêt proprement commun ? Telle sera la question que nous évoquerons ici, comme premier moment de la réflexion.

I- La démocratie ou l’illimité des désirs

Montesquieu écrit dans l’avertissement au lecteur qui figure en tête de l’Esprit des lois :

“J’ai d’abord examiné les hommes, et j’ai cru que, dans cette infinie diversité de lois et de mœurs, ils n’étaient pas uniquement conduits par leurs fantaisies. J’ai posé les principes, et j’ai vu les cas particuliers s’y plier d’eux-mêmes, les histoires de toutes les nations n’en être que les suites, et chaque loi particulière liée avec une autre loi, ou dépendre d’une autre plus générale.”

S’il rappelle que toute construction théorique établit des lois dans une liaison nécessaire les unes aux autres, c’est que Montesquieu cherche à expliquer les régimes politiques en fonction d’un comportement humain découlant de lois naturelles.

Ainsi y-a-t-il des nécessités naturelles auxquelles les hommes doivent faire face. Aucun libre arbitre n’explique ce qu’ils pensent être leurs choix. Que les cas particuliers se “plient d’eux-mêmes” aux principes de l’auteur, voilà quelque ironie de ce dernier à l’égard des adversaires de l’empirisme qui n’y voient que la loi du hasard. La démocratie se fonde sur la vertu explique Montesquieu et d’écrire au chapitre 3 du livre III de De L’esprit des Lois :

“Lorsque cette vertu cesse, l’ambition entre dans les cœurs qui peuvent la recevoir, et l’avarice entre dans tous. Les désirs changent d’objets : ce qu’on aimait, on ne l’aime plus ; on était libre avec les lois, on veut être libre contre elles ; chaque citoyen est comme un esclave échappé de la maison de son maître ; ce qui était maxime, on l’appelle rigueur ; ce qui était règle, on l’appelle gêne ; ce qui était attention, on l’appelle crainte. C’est la frugalité qui y est l’avarice, et non pas le désir d’avoir. Autrefois le bien des particuliers faisait le trésor public ; mais pour lors le trésor public devient le patrimoine des particuliers. La république est une dépouille ; et sa force n’est plus que le pouvoir de quelques citoyens et la licence de tous.”

Ainsi les désirs illimités modifient les hommes au nom d’un amour de l’égalité confondu avec celui de l’identité. La confusion de la proportionnalité et de l’addition arithmétique, voilà ce qui nous mène au despotisme. Tout régime a vite fait de sombrer dans le chaos de la confusion si on n’établit pas des haies protectrices. Obstacle et haies sont tout le contraire de cette volonté de traverser les limites. Montesquieu, suivi plusieurs décennies plus tard par Tocqueville, dans la Démocratie en Amérique, voyait dans ce nivellement identitaire de l’illimité la source de la fragilité et de l’instabilité des démocraties les menant à leur perte.

II- La démocratie et le modèle de l’intégrale algébrique

La démocratie se définit par l’exercice du pouvoir confié au peuple, à condition que ce dernier ne soit pas pure addition de désirs particuliers. La proximité avec Montesquieu cesse à la fin du Contrat Social où Rousseau ira jusqu’à poser la nécessité d’une dictature dans l’hypothèse où le peuple ne s’accorde pas avec la volonté générale. Soumettre de force les récalcitrants à cet intérêt commun, Rousseau le dit autrement en écrivant qu’on forcera à être libre celui qui n’a pas compris. Lire cet extrait du Contrat Social livre IV, au chapitre 6, est comme l’écho de notre actualité :

“Mais il n’y a que les plus grands dangers qui puissent balancer celui d’altérer l’ordre public, et l’on ne doit jamais arrêter le pouvoir sacré des lois que quand il s’agit du salut de la patrie. Dans ces cas rares et manifestes l’on pourvoit à la sûreté publique par un acte particulier qui en remet la charge au plus digne. Cette commission peut se donner de deux manières selon l’espèce du danger. Si pour y remédier il suffit d’augmenter l’activité du Gouvernement, l’on le concentre dans un ou deux de ses membres; ainsi ce n’est pas l’autorité des lois qu’on altère mais seulement la forme de leur administration. Que si le péril est tel que l’appareil des lois soit un obstacle à s’en garantir, alors l’on nomme un chef suprême qui fasse taire toutes les lois et suspende un moment l’autorité souveraine; en pareil cas la volonté générale n’est pas douteuse, et il est évident que la première intention du peuple est que l’Etat ne périsse pas. De cette manière la suspension de l’autorité législative ne l’abolit point ; le magistrat qui la fait taire ne peut la faire parler, il la domine sans pouvoir la représenter; il peut tout faire, excepté des lois.”

Rousseau prend l’homme non pas pour ce qu’il est mais ce qu’il est devenu dans le temps historique. Aiguillonné par son amour-propre, il pose ses intérêts avant tout. Il lui faut des limites si l’on veut sauver la démocratie. Cela conduit au concept de volonté générale présenté dans le Contrat Social. Il s’inspire du calcul infinitésimal de Leibniz.

Alexis Philonenko commente :

“Il faudrait donc peut-être rattacher la différence entre volonté générale et volonté de tous aux règles de pensée qui procèdent du calcul infinitésimal. […] Si nous donnons à ce terme “intégration” son sens mathématique, nous pouvons concevoir le passage mathématique de la somme pure et simple des volontés particulières – dont l’addition compose la volonté de tous – à la volonté générale comme expression “une” de la totalité. La volonté générale est la loi de la série dont les moments sont les citoyens. La volonté générale est le “rapport d’ordre” qui unit légitimement les volontés des citoyens dans une même expression et on peut dire que ce rapport d’ordre est une substance, et même une substance au sens pré-critique, à la condition d’entendre le terme de substance au sens leibnizien, c’est-à-dire comme loi d’ordre et de continuation. En d’autres termes nous devons nous appuyer sur la relation leibnizienne de l’intégrale et de la différentielle pour saisir la relation de la volonté générale à chaque volonté singulière. On peut très bien transposer le remarquable commentaire que donne M. Gueroult de l’idée leibnizienne de substance à l’idée de volonté générale. “La substance, écrit M. Gueroult, c’est la loi de la série posée et représentée ; les accidents ou déterminations, termes de la série, ce sont les forces vives déterminées à chaque instant dans l’expérience. On tiendra une substance pour la même tant que la loi de la série ou du passage continu et simple persistera. Ainsi la substance n’est pas une chose distincte des accidents, sans pourtant s’identifier à leur somme.” Écrivons “volonté générale” à la place de “substance”, voyons dans les accidents les “volontés singulières” ou les “citoyens”. Nous verrons apparaître la volonté générale comme le nexus des volontés singulières, c’est-à-dire la loi de l’intérêt commun à la série des citoyens, – loi qui, sans se distinguer des volontés qu’elle relie, est toutefois autre chose que leur simple somme. En d’autres termes la volonté générale est finalement une intégrale ; la volonté de tous n’est qu’une somme.” (Philonenko Théorie et praxis dans la pensée morale et politique de Kant et de Fichte en 1793, Paris, Librairie Philosophique J. Vrin, 1968, pp. 196-197.)

La volonté générale émerge de ce dont elle est distincte – la volonté de tous, collection de volontés particulières ne regardant qu’à l’intérêt privé – comme intégrale, c’est-à -dire comme totalisation (intégration) de tous les moments infinitésimaux constitués par ces volontés particulières à travers la somme algébrique de leurs nombreuses petites différences, au sens leibnizien. Se méfier de l’errance de la volonté générale, tel est le souci de Rousseau qui lui oppose les limites du calcul infinitésimal. Une démocratie semble de ce fait impensable hors ce jeu des limites. Cette démocratie des infimes différences ouvre dans le même temps la porte à la clarification du concept d’égalité. Celle-ci s’obtient sur fond de calcul des différences, donc en prenant en compte les minorités. Ou plus exactement le concept de voix minoritaires est pris en compte dans ce calcul de l’intégrale dans une combinatoire avec les voix majoritaires.

La multitude tant redoutée dans le système démocratique, par sa métamorphose en foule indomptable (c’est la bête dangereuse dans les Lois de Platon) ou en masse (c’est ici l’analyse d’Hannah Arendt), est ramenée à une juste mesure rationnelle dans le projet rousseauiste.

Conclusion provisoire (fin de la première partie)

La seconde des lois de la thermodynamique, la loi de l’entropie, fait du désordre une composante essentielle de la pensée politique complexe. Ainsi nous évoluerions vers un système politique et social instable. On assiste à une dissolution des contours de la démocratie ainsi qu’à celle d’individuation.

Pour le dire autrement, la catégorie de limite semble disparaître, et avec elle la possibilité de la démocratie.

ME

Maryse Emel est professeur de philosophie et chargée de mission au rectorat de l’académie de Créteil. Elle intervient sur différents supports de presse numérique, dont “Slate” et “NonFiction”. Elle anime également sur Facebook un groupe de préparation à l’Agrégation interne de philosophie.

Thématique “Vers un renouvellement des pratiques démocratiques ?”

QUAND LA DEMOCRATIE SORT DE SES LIMITES (2/2)
(par Maryse Emel, professeur de philosophie)

Introduction :

Rousseau défendait une transparence publique des affaires politiques. Le secret ne pouvait se déployer que dans la sphère du privé. C’est tout le sens de sa distinction entre le théâtre et la fête. La fête est l’image de la démocratie partagée, moment de partage et d’égalité qui s’achève par le retour à la scène privée de la maison. La transparence se définit comme “propriété qu’a un corps, un milieu, de laisser passer les rayons lumineux, de laisser voir ce qui se trouve derrière”.

Cette transparence Rousseau y mettait des limites. De la transparence qui laisse voir on est passé à la méfiance. Nous vivons dans un Etat de droit qui est sous état d’urgence. Dès lors, le secret se substitue à la transparence, le pouvoir du Président est accru.

La démocratie en tant que pouvoir du peuple, notion assez fuyante par son idéologisation, est en berne. A coté, se développent de plus en plus les termes “transgenre, transsexuel, transclasse, transhumanisme, transgénique” et bien d’autres construits sur le même préfixe, qui évoquent la « traversée du miroir », ce passage à une autre réalité qui se veut plus mobile, moins substantielle.

La lassitude conduit au refus de l’héritage par une transmission interrompue des valeurs politiques démocratiques. On redécouvre un souci de soi bien éloigné du concept foucaldien. Le souci de soi est aujourd’hui dans une rétractation sur soi ou dans un entre soi. Cet entre soi est une lecture dévoyée de la question des différences.

I- Culte des différences

Déjà Aristote se méfiait de la confusion de l’égalité et de l’identité. A propos de la monnaie, avant tout considérée comme un service afin de faciliter les échanges commerciaux, il expliquait que celle-ci ramenait à l’égalité des biens différents, ceci par un calcul de proportionnalité géométrique.

Confondre le calcul géométrique avec l’arithmétique était source selon lui du développement de la chrématistique, c’est-à-dire de la transformation des échanges en accumulation des richesses. Transférée au plan politique, cette idée permettait de comprendre la “déviation” du régime démocratique, substituant l’intérêt égoïste à l’intérêt commun. Il n’y a pas encore le calcul des infimes différences chez Aristote, mais l’analyse de cette confusion lui permet d’insister sur la nécessité des limites entre les divers pouvoirs.

Le pouvoir du chef de famille relève ainsi de l’espace domestique nullement assimilable au pouvoir du chef politique. Confondre l’économique et le politique c’est instituer la tyrannie, le chef de famille (despote en grec) n’ayant pas de rapports d’égalité avec les membres de l’oikos c’est-à-dire la maisonnée. Les différences additionnées n’y construisent aucun intérêt commun.

II- Entropie démocratique

Le modèle démocratique est en crise du fait notamment de la confusion entre espace privé et espace public. L’individuel remplace le commun.

L’usage répété du mot ne veut pas dire sa pratique. A la place on parle de collectif, renvoyant à la somme arithmétique des individus et donc non algébrique. On a pu expliquer cela par la seconde des lois de la thermodynamique, la loi de l’entropie qui fait du désordre une composante essentielle de la pensée politique complexe. Ainsi nous évoluerions vers un système politique et social instable. On assiste par voie de conséquence à une dissolution des contours de la démocratie ainsi qu’à la confusion de l’individuation et de l’individualisme, avatar d’une incompréhension de cette individuation qui se définit comme la réalisation d’une idée générale, d’un type, d’une espèce dans un individu.

Cela aboutit à faire disparaître la catégorie de limite, et de fait la démocratie. Commentant Saint Thomas d’Aquin, Etienne Gilson explique que selon ce dernier “de ce qu’il n’y aurait pas d’individus s’il n’y avait pas de corps humains, il ne résulte aucunement que ce soit le corps qui confère à l’individu sa dignité ni même qui en définisse l’originalité” (Esprit de la philosophie médiévale, 1931, p. 205). Cynthia Fleury lors d’une interview disait, se référant à son ouvrage Les Irremplaçables (Folio Essais, Gallimard, 2015) :

“depuis une trentaine d’années, les démocraties occidentales sont traversées par une dynamique de travestissement, de marchandisation délirante et sans précédent, qui fait de nous des entités interchangeables, remplaçables, mises au service de l’idole croissance. […] Mais l’expression d’entropie démocratique, c’est encore autre chose, cela renvoie au désordre interne de la démocratie, à ses dysfonctionnements qui relèvent de sa nature même.”

III- Dérèglement interne de la démocratie ?

Valorisant les cultures différentes au sein de la nation, le culturalisme, issu des travaux de l’américain Charles Taylor (Multiculturalisme : différence et démocratie, 1984), replia la démocratie sur des tendances communautaires excluantes.

Le modèle, enfermant chacun dans ses différences, ses appartenances identitaires a créé une situation de conflit entre les particularismes. L’échec de ce différentialisme a conduit à un réexamen plus attentif de ce terme dans cette recherche d’une démocratie prudente à l’égard d’un universel niveleur aux relents coloniaux.

Cela aboutit à deux démarches : une condamnation de l’individualisme, car on y voyait la cause de l’impossible partage pour la première, et le développement des théories du genre, accompagnées d’une explosion des divers “trans”, qui pourrait nous conduire à parler d’une “transdémocratie”, dont nous avons souligné les divers emplois. La première de ces réponses est celle du philosophe John Dewey. Olivier Voirol apporte cet éclairage avec John Dewey :

“Selon Dewey, la démocratie correspond par excellence à ce procès exploratoire visant à construire de manière réflexive des solutions aux problèmes qui se posent […] Cette conception de la démocratie s’articule à celle de la pluralité culturelle conçue comme une jonction entre le singulier et le commun. La singularité n’est pas une substance donnant lieu à une identité immuable car elle relève d’un processus que Dewey nomme “individuation”. Les entités singulières que sont les personnes ou les groupes sont toujours le fruit d’une histoire soumise à des reconfigurations, au gré des expérimentations menées, dans une transaction continue avec un environnement et avec des entités culturelles différentes. Ce n’est donc nullement en vertu de propriétés immuables que se constituent des entités individuées, mais par leur confrontation avec des singularités interagissantes, à la fois par exclusion et par combinaison mutuelle.” (“Pluralité culturelle et démocratie chez John Dewey”, Hermès, La Revue, 2008/2 (n° 51), pp. 23-28.)

Conclusion :
Vers une ontologie de l’individuation

Passer de l’autre côté, refuser le genre, c’est refuser la substantialisation de la démocratie, ou de tout classement qui fixe des genres. C’est opter pour une lecture héraclitéenne de celle-ci. Que deviennent alors les limites essentielles à la pratique démocratique ?

Nous citions, dans notre premier article, Leibniz. Ce dernier a consacré son œuvre à penser la distinction entre substance et individuation. Dans son livre Substance, individu et connaissance chez Leibniz, Christian Leduc aborde cette difficile distinction entre individuation et substance. Chaque individuation intègre la singularité entière de chacun dans l’espace et le temps du particulier. Lisons Leibniz :

“Or nous avons dit ci-dessus et il s’ensuit de ce que nous venons de dire que chaque substance est comme un Monde à part, indépendant de toute autre chose hors de Dieu, ainsi tous nos phénomènes, c’est-à-dire tout ce qui nous peut jamais arriver, ne sont que des suites de notre être, et comme ces phénomènes gardent un certain ordre conforme à notre nature, ou pour ainsi dire au monde qui est en nous, qui fait que nous pouvons faire des observations utiles pour régler notre conduite, qui sont justifiées par le succès des phénomènes futurs ; et qu’ainsi nous pouvons souvent juger de l’avenir par le passé sans nous tromper ; cela suffirait pour dire que ces phénomènes sont véritables sans nous mettre en peine s’ils sont hors de nous, et si d’autres s’en aperçoivent aussi.” (Discours de métaphysique § 13, A, VI, 4, 1546-1549.)

Ces propos de Leibniz sont à réfléchir, car comme il l’écrivait lui-même, “ils ne sont pas si éloignés de la vérité, ni si ridicules que le vulgaire de nos nouveaux philosophes se l’imaginent”. Mais surtout ils nous ramènent au calcul des suites en construisant une pensée de la mise en relation de ce qui constitue la nature de la substance.

La physique donne ici un modèle de la conception dynamique de l’individuation, en tant que transformation du concept classique de substance. Le modèle physique en remplaçant celui de l’algèbre, nous libèrerait-il de certaines confusions ?

La crise du modèle démocratique attend un travail autour de l’individuation et du modèle algébrique qui ne cesse d’en accompagner les représentations. Cela conduira, qui sait, à comprendre la fascination que ce mot de “démocratie” provoque et surtout mieux comprendre ce qu’il y a de l’autre côté du miroir..

ME

Nadège Mezié, « Informer, déformer la catégorie d’identité. Lecture de deux auteurs américains : George Chauncey et Judith Butler »

INFORMER, DÉFORMER LA CATÉGORIE D’IDENTITÉ
Lecture de deux auteurs américains : George Chauncey et Judith Butler
Nadège Mezié
Presses Universitaires de France | « Ethnologie française »
2006/4 Vol. 36 | pages 735 à 743
ISSN 0046-2616
ISBN 978213055455
Article disponible en ligne à l’adresse :
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https://www.cairn.info/revue-ethnologie-francaise-2006-4-page-735.htm
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Pour citer cet article :
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Nadège Mezié, « Informer, déformer la catégorie d’identité. Lecture de deux auteurs
américains : George Chauncey et Judith Butler », Ethnologie française 2006/4 (Vol.
36), p. 735-743.
DOI 10.3917/ethn.064.0735
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Utopie

 

Regardez aussi la rubrique Bibliothèque numérique .

Thélème-Lenormant
Abbaye de Thélème

 

Textes

- CHAPITRE LII : Comment Gargantua feist bastir pour le moyne l’abbaye de Theleme Rabelais Gargantua, Édition Marty-Laveaux, 1868

- L’Utopie de Thomas Morus, traduction nouvelle, par M. Victor Stouvenel, avec une introduction, une notice bibliographique et des notes par le traducteur Éditeur : Paulin (Paris)Date d’édition : 1842
Utopia
- Campanella par Léon Blanchet,…Éditeur : F. Alcan (Paris),1920
Tommaso Campanella
- La Cité du Soleil OU IDÉE D’UNE RÉPUBLIQUE PHILOSOPHIQUE. DIALOGUE. Lavigne, 1844
- Mémoires de Propre-à-rien , par Jean Loyseau, cordonnier. Tome 1 Auteur : Geslin de Kersolon, Paul (1817-1888) Éditeur : C. Dillet (Paris) Date d’édition : 1873
- Joseph Déjacque, L’Humanisphère, utopie anarchique1859
- Pierre-Joseph Proudhon, Les Confessions d’un révolutionnaire
pour servir à l’histoire de la Révolution de Février
, Garnier frères, 1851

Plan d'un phalanstère d'après Fourier
Plan d’un phalanstère selon Fourier

Karl Mannheim Idéologie et utopie

 

Articles

- Crignon de Oliveira Claire, Mercantilisme et utopie dans la « Préface » de L’Anatomie de la Mélancolie de Robert Burton , Revue de métaphysique et de morale 3/ 2003 (n° 39), p. 345-363
DOI : 10.3917/rmm.033.0345
Si l’on s’accorde à voir dans l’ouvrage du clergyman mélancolique Robert Burton paru en 1621 une sorte d’aboutissement et de consécration de la mode mélancolique, l’on a toutefois tendance à négliger le fait que l’anatomiste utilise le discours médical et la tradition mélancolique pour attirer l’attention de ses contemporains sur l’existence d’un désordre qui se manifeste, au niveau de la collectivité, par une crise religieuse, politique, sociale et économique. C’est sous le patronage de l’un des premiers représentants du courant mercantiliste que Burton se place pour justifier l’emploi de la notion de « mélancolie politique » : celui de Giovanni Botero. La lecture de la « Préface » de L’Anatomie de la Mélancolie permet de constater l’existence d’une forte convergence entre les méthodes et les analyses des premiers mercantilistes anglais et le diagnostic de Robert Burton sur la crise économique que traverse l’Angleterre de Jacques Ier. Comment expliquer alors la coexistence dans le même texte de ce discours économique qui propose des réformes concrètes pour remédier à une situation de crise et d’un discours utopique qui préconise une forme autoritaire et disciplinaire de pouvoir comme remède à la mélancolie politique tout en affirmant le caractère chimérique et irréalisable de tout changement radical ?

- Jean-Pierre Poly, L’amour et la cité de Dieu. Utopie et rapport des sexes au Moyen Âge, Clio. Histoire‚ femmes et sociétés (En ligne), 22 | 2005, mis en ligne le 09 novembre 2006

- Teissier Henri, La Cité de Dieu d’Augustin et de quelques autres , Études 10/ 2001 (Tome 395), p. 353-364

- Etudes sur la Renaissance : Renaissance et réforme : Erasme, Thomas Morus, Mélanchton (2e édition)/ par D. Nisard,…Éditeur : M. Lévy frères (Paris), Date d’édition : 1864

- La Réforme industrielle ou le Phalanstère : journal proposant la fondation d’une phalange, réunion de 1100 personnes associées en travaux de culture, fabrique et ménage dir. Charles Fourier, Éditeur : le Phalanstère (Paris), Date d’édition : 1832-1834

- Charles Fourier : sa vie et sa théorie (2e édition) / par Ch. Pellarin,…Éditeur : Librairie de l’Ecole sociétaire (Paris), Date d’édition : 1843
Idéalisme et matérialisme dans la conception de l’histoire : conférence de Jean Jaurès et réponse de Paul Lafargue, Éditeur : Impr. Spéciale, Date d’édition : 1895

- Polack Jean-Claude, La crise à l’épreuve de l’utopie , Chimères 2/ 2009 (N° 70), p. 159-194
DOI : 10.3917/chime.070.0159

- Ribeill Georges, De l’objet technique a l’utopie sociale , Réseaux 5/ 2001 (no 109), p. 114-144.
DOI : 10.3917/res.109.0114
Cette contribution entend dégager quelques facteurs fondateurs et structurants de l’imaginaire technologique de l’ingénieur civil tel qu’il rayonne au XIXe siècle : un ingénieur créatif, inven eur, spéculatif, souvent émancipé de toute orthodoxie académique, voué dans un milieu concurrentiel à l’autopromotion de ses projets intellectuels et réalisations matérielles. Pour cela, un échantillon représentatif de six ingénieurs à été retenu que, par leurs carrières et leurs inventions, l’on ne peut qualifier de marginaux dans leur milieu. L’examen de leurs œuvres aux statuts divers (livres, brochures à compte d’auteur, prospectus, etc.) révèle leur penchant, au nom de la « loi de l’irrépressible progrès » et en vertu de leur fécond inventivité – moteur gratuit, énergie ou matériau nouveau, etc. –, à défaire tout ce qui a été fait avant eux et à rebâtir une meilleure cité pour tous : du mieux au meilleur des mondes, le pas est vite franchi vers la nouvelle cité idéale promise. Si la construction utopique n’est pas toujours explicitement reconnue ou achevée, du moins constitue-t-elle en filigrane le penchant naturel, l’horizon asymptotique des spéculations de nos ingénieurs.
. Tellier : pour une civilisation du « tout à l’ammoniaque »
. Borie : une machine modeste pour ériger la ville moderne
. Oppermann : des équipements urbains originaux pour faciliter la vie quotidienne
. Le grand bazar « tout électrique » de Trouvé
. Girard ou l’hydraulique acharnée en faveur d’un mode de locomotion révolutionnaire
. De Mouchot à Pifre : de l’art d’accommoder le soleil en source d’énergie généreuse, gratuite et sans danger
. La quête impérative du mieux
. Des morphologies variées : du mieux au meilleur des mondes
. Résistances sociales et dépassement par l’utopie

- Ricœur Paul. L’idéologie et l’utopie : deux expressions de l’imaginaire social. In : Autres Temps. Les cahiers du christianisme social. N°2, 1984. pp. 53-64. doi : 10.3406/chris.1984.940
Pdf

- Zhang Yinde, Utopie et anti-utopie : le cas de Ge Fei , Rue Descartes 2/ 2011 (n° 72), p. 69-80

- Aubert Didier, Photographie et utopie industrielle : Pittsburgh au début du xxe siècle , Revue française d’études américaines 3/ 2001 (no89), p. 33-42

- Payot Daniel, Messianisme et utopie : la philosophie et le « possible » selon T. W. Adorno , Tumultes 2/ 2001 (n° 17-18), p. 179-205
URL :.
DOI : 10.3917/tumu.017.0179

- Approches de l’ Utopie Revue Diogène, n° 209, 2005/1 Éditeur : P.U.F. ISBN : 9782130550488, ISSN : 0419-1633

- Michon Pascal, Rythme et utopie chez Marcel Mauss , Revue du MAUSS 2/ 2006 (no 28), p. 449-463
DOI : 10.3917/rdm.028.0449

Charbit Yves, La Cité platonicienne : histoire et utopie , Population 2/ 2002 (Vol. 57), p. 231-260
DOI : 10.3917/popu.202.0231
Depuis Malthus, plusieurs commentateurs ont relevé, dans l’œuvre de Platon, des indications quantitatives qui les ont conduits à le considérer comme un précurseur de la pensée démographique. Cet article montre que cette interprétation se heurte à plusieurs contradictions entre le texte des Lois et celui de la République et que la cohérence profonde de la pensée de Platon ne peut être mise en évidence au niveau démographique. La fascination pour les mathématiques et l’influence pythagoricienne doivent d’abord être prises en compte.
Mais surtout c’est la Cité, à la fois modèle utopique idéal et construction sociale concrète, qui fournit la clé de la pensée « démographique » de Platon. Confronté au problème fondamental du pouvoir et de la justice, la solution qu’il propose est de rétablir l’harmonie entre la Cité, en tant qu’entité politique, et les citoyens qui la composent. Mais cette démarche philosophique est complétée par une polémique hostile à la démocratie, responsable selon lui de la décadence d’Athènes. La philosophie et l’histoire politique de la Grèce des IVe et Ve siècles av. J.-C. sont donc essentielles pour comprendre le sens de ces mesures, qualifiées à tort de démographiques et d’eugéniques, suspectées de relever d’une pensée totalitaire, alors qu’elles renvoient à une conception de l’homme bien différente de la nôtre.

- Morel Anne-Rozenn, Le principe de fraternité dans les fictions utopiques de la Révolution française , Dix-huitième siècle 1/ 2009 (n° 41), p. 120-136
DOI : 10.3917/dhs.041.0120

- Remy, Jean. Chapitre 1 – Visée utopique et contraintes pratiques In : Louvain-la-Neuve, une manière de concevoir la ville : Genèse et évolution . Louvain-la-Neuve : Presses universitaires de Louvain, 2007 ISBN : 9782875581808.

- Tournier, Maurice. Utopie, ce lieu de tous et de personne In : Propos d’étymologie sociale. Tome 2 : Des mots en politique. Lyon : ENS Éditions, 2002. ISBN : 9782847884296.

- Tournier, Maurice. Du grand jour au grand soir In : Propos d’étymologie sociale. Tome 1 : Des mots sur la grève. Lyon : ENS Éditions, 2002. ISBN : 9782847884289.

- Georges Labica, Le marxisme entre socialisme et utopie
Il s’agit de revenir sur la complexité des rapports entre le marxisme (tout d’abord chez Marx et Engels) et la pensée utopique, dans l’enjeu même d’une définition critique du socialisme.

LAZZERI, Christian (dir.) ; NOUR, Soraya (dir.). Reconnaissance, identité et intégration sociale. Nouvelle édition [en ligne]. Nanterre : Presses universitaires de Paris Ouest, 2009 (généré le 03 mars 2016). Disponible sur Internet. ISBN : 9782821826908.

- L’utopie ou l’attention au détail. Entretien avec Pierre Macherey
Entretien avec Pierre Macherey, philosophe, par Pascal Sévérac (La Vie des Idées, www.laviedesidees.fr)
réalisation : David Bornstein. Montage : Thomas Grillot

 Autres ressources

 

 

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La nouvelle boîte de Pandore

Ce soir-là ils étaient quelques uns à avoir répondu à l’invitation de la semeuse. Elle avait semé quelques mots et on l’avait entendue. C’ était déjà une victoire quand on pense au bruit quotidien de tous ces mots avides d’occuper la place qui recouvrent la moindre parole par goût du pouvoir.
Sur une table se côtoyaient l’histoire des jardins ouvriers, des livres sur les graines, et une grosse boîte qui attirait l’oeil et la main des plus jeunes. Une grainothèque, c’était le nom de cette étrange collection à l’intérieur. Chaque graine occupait sa petite case, elle qui aimait tant le plaisir nomade. Pas une seule ne ressemblait à une autre. Et par les voyages, les rencontres que chacune ferait un jour, on pouvait deviner que la petite boîte ne contenait qu’un infime échantillonnage d’un univers infini.
On avait amené le tout par caddie. Oui, un caddie type supermarché, recyclé en l’occasion en tracteur de la semeuse.
Les habitués du bar regardaient curieux, pendant que la serveuse déplaçait une table, ayant oublié le grincement que celle-ci peut produire quand on ne la soulève pas.
J’ avoue ne pas trop m’y connaître en graines. Ecoutant ces semeurs de mots me renvoyant à une rêverie intime, je fus amusée de découvrir les mille et un stratagèmes développés par les graines pour voyager à peu de frais.
Ce que je retins de ce soir-là c’est la force des convictions pour vivre. Bien sûr je ne suis pas en train de devenir adepte d’un anthropomorphisme de mauvais aloi. Les graines évoquent bien plus qu’elles-mêmes. C’est une banalité  de dire cela. Elles nous renvoient à notre monde, un monde où il ne fait pas bon de prendre des risques.
Un intervenant racontait qu’aujourd’hui dans les crèches, le sol est dans une matière qui évite de se faire mal quand on tombe. Les enfants ne savent même plus tomber, et sentir la chute dans leur corps, concluait-il.
De la même façon, la dénonciation de la pollution sert d’abord les intérêts de quelques grands holdings,constatait un autre. A cette société de la peur, ils sont nombreux à s’opposer. Marx et Rousseau s’immiscèrent tant bien que mal dans la discussion .
Ce soir-là, moi qui n’y connaît pas grand-chose, j’ai senti un vent de liberté. Des jardins surgissent dans des lieux insolites, en réponse à l’impossible dialogue avec l’administration.Il y a des hommes, des femmes, qui sèment leurs désirs aux quatre coins de cette ville, en silence.

La semeuse a repris son caddie… Elle souriait. Une petite fille avait ouvert la grainothèque…

Non ce n’était pas Pandore.
L’espoir n’est pas resté au fond de la boîte.

Maryse Emel

Le troc

 

LE TROC par Maryse Emel

 

C’était un dimanche. J’étais novice, néophyte sur la question des graines et de bonne composition. Bref, ouverte aux multiples surprises de la vie.  J’avais acheté un journal pour meubler à peu de frais cette journée dominicale.   La fin du mois approchait et les restrictions financières aussi. Près du métro Jaurès, on annonçait un événement sympathique. Il s’agissait d’échanger des graines, des plants. Rassurée sur la destination culturelle qu’empruntait ce jour férié destiné à  un repos mérité ou nécessaire, je rêvais de ces futures fleurs bientôt chez moi, prêtes à tout pour colorer la terrasse bétonnée  d’un architecte en quête de reconnaissance.  

J’arrivais à la sculpturale rotonde, et après quelques errances dues  à un douteux sens dépourvu d’orientation, je parvins enfin à ce point qualifié d’éphémère.

C’était plus qu’un point. C’est vrai que la misère est plus belle sous le soleil ou les lumières de la nuit .

Je rentrais dans ce lieu enchanteur. Ici pas de vente. Juste du troc me déclara une jeune femme avec le ravissement de quelqu’un qui venait de découvrir la lune. Le troc ? Ce n’était pas le cas au comptoir, où les euros sonnaient de tout leur poids.

J’étais entourée de têtes et de corps qui à force de troc sans doute semblaient indifférents à la réalité du contexte. Certains s’adonnaient au macramé. Fatiguée, je dus sortir ma carte d’invalide pour obtenir un siège.

Je me sentais de trop ici. Non ce n’était pas un lieu habitable. Le troc cachait mal ces gens dehors qui avaient froid.

Cet entre-soi rendait contradictoire cet imaginaire voyageur des graines.

Tout semblait convivial pourtant…

Mais le troc n’est qu’un échange archaïque qui a pour but la satisfaction des besoins.

Un échange monétaire rudimentaire.

le troc n’est pas le lieu du désir… juste celui de la nécessité

Le troc tue l’imaginaire de la rêverie.

Le vrai échange n’est-ce pas la parole ? La graine est occasion de rencontre. Elle circule, tissant les mots de la phrase ou du silence

Finalement on se retrouvait dans le trafic légal, cette fois.

Trafic sans âme autre que celle de l’économique.

Oikos, en grec, c’est l’économie, c’est-à-dire la maison.

Je songeais que ce lieu était fermeture sur soi, une extension de ces valeurs que l’on connaît, celles de la famille. Il fallait appartenir à la fratrie.

Je me sentais exclue.

La graine ici ne donnerait rien. Elle portait en elle l’impossible rencontre. Il fallait un Sésame pour être admis. Je m’enfuis et me sentis rassurée quand à la grande famille se substitua la singularité de chacun. La rue avait ses graines de rencontre Je m’y sentais à l’aise…

Bibliothèque sur marxists.org

tracing the development of ideas on the relation between consciousness and matter through the words of 140 philosophers over 400 years:— Overview

• French Materialism & Communism, Marx, 1845
• The Task of the Historian of Philosophy, Hegel, 1830
• History of Philosophy, Hegel 1806

From Galileo to Feuerbach
Classical Epistemology

• Considerations on the Copernican Opinion, Galilei Galileo, 1615
• A Natural History for the Building of Philosophy, Francis Bacon, 1607
• Discourse on Method, Rene Descartes, 1637
• Leviathan and De Cive, Thomas Hobbes, 1650
• Ethics, Benedicto Spinoza, 1677
• On the Nature of Human Understanding, John Locke, 1689
• Of the Principles of Human Knowledge, Bishop George Berkeley, 1710
• Mathematical Principles of Natural Philosophy, Isaac Newton, 1712
• Monadology, Gottfried Leibnitz, 1714
• Utility and Value, Adam Smith, 1759
• Spirit of Laws, Charles de Montesquieu, 1752
• Emile & Origin of Inequality, Jean-Jacques Rousseau, 1762
• Conversation between D’Alembert and Diderot, Denis Diderot, 1769
• Enquiry Concerning Human Understanding, David Hume, 1772
• Age of Reason, Thomas Paine, 1794
• Letters from an Inhabitant of Geneva, Claude-Henri Saint-Simon, 1803
» Classical German Philosophy «
• Critique of Pure Reason, Immanuel Kant, 1787
• Of the Changes in the Tastes of the Nations Through the Ages, Johann Herder, 1766
• God, Some conversations, Johann Herder, 1787
• Goethe on Science, excerpts, c. 1798
• Outlines of the Doctrine of Knowledge, Johann Fichte, 1810
• Foundations of Natural Right, Johann Fichte, 1796
• System of Transcendental Philosophy, Friedrich Schelling, 1800
• Wilhelm von Humboldt on Language, excerpts, c. 1810
• On the Critical Philosophy, G W F Hegel, 1830
• Philosophy of the Act, Moses Hess, 1843
• Principles of the Philosophy of the Future, Ludwig Feuerbach, 1843

Marx & Engels
Preface to Critique of Political Economy

• Engels on Hegel and Schelling, 1841
• Critique of Hegel’s Dialectic and General Philosophy, Karl Marx, 1844
• Private Property & Communism, Marx, 1844
• Estranged Labour, Marx, 1844
• The German Ideology, Marx and Engels, 1845
• Theses on Feuerbach, Karl Marx, 1845
• Preface to Contribution to Critique of Political Economy, Karl Marx, 1859
• Commodities: Use Value & Value, Karl Marx, 1867
• Commodities: The Two-fold Character of Labour, Karl Marx, 1867
• The Fetishism of Commodities, Karl Marx, 1867
• Socialism, Utopian & Scientific, Part III, Frederick Engels, 1877
• Ludwig Feuerbach, the End of Classical German Philosophy, Engels, 1888

After the Expurgation of Hegelianism
1841 – The World Historic Split in Western Philosophy

• Schelling’s Criticism of Hegel, 1841
• The Concept of Dread, Søren Kierkegaard, 1844
• The World as Will and Representation, Arthur Schopenhauer, 1844
• God & the State, Mikhail Bakunin, 1872
• A General View of Positivism, Auguste Comte, 1856
• A System of Logic, John Stuart Mill, 1843
• Utilitarianism, John Stuart Mill, 1863
• Reasons for Dissenting from M. Comte, Herbert Spencer, 1864
• Notes on positivism, Auguste Blanqui, 1869

Perception under the Microscope

• The Challenge of every Great Philosophy, Friedrich Nietzsche, 1874
• Concept and Purpose of Psychology, Franz Brentano, 1874
• Facts of Perception, Hermann Helmholtz, 1878
• How to Make our Ideas Clear, Charles Peirce, 1878
• Outline of Psychology, Wilhelm Wundt, 1897
• Analysis of Sensations, Ernst Mach, 1886
• The Relativity of Space, Henri Poincaré, 1900
• What Pragmatism Means, William James, 1906

Sociology before the Russian Revolution

• Introduction to the Human Sciences, Wilhelm Dilthey, 1883
• Sociology & Science, Max Weber, 1897
• Lectures in General Linguistics, Ferdinand de Saussure, 1910
• Pragmatism & Sociology, Emile Durkheim, 1914
• Mind & Society, Vilfredo Pareto, 1916

From Freud, Pavlov & Einstein to Fascism & War
Psychology & Phenomenology

• Psychology as the Behaviorist Views it, J B Watson, 1913
• The Work of the Cerebral Hemispheres, I P Pavlov, 1924
• “Weltanschauung”, Sigmund Freud, 1932
• The Philosopher’s Search for the Immutable, John Dewey, 1929
• Mind & Body, Alfred Adler, 1931
• Principles of Gestalt Psychology, Kurt Koffka, 1932
• Basic Postulates of Analytical Psychology, Carl Jung, 1933
• The Objectivity of Perspectives, George Herbert Mead, 1932
• The Crisis in Psychology, Lev Vygotsky, 1927
• Lectures on Philosophy, Ludwig Wittgenstein, 1933
• The Crisis of European Sciences, Edmund Husserl, 1937
• Multiple Realities, Alfred Schuetz, 1945
• The Basic Problems of Phenomenonology, Martin Heidegger, 1927
• On My Philosophy, Karl Jaspers, 1941
• The Social Function of Philosophy, Max Horkheimer, 1939
• The Structure of Behaviour, Maurice Merleau-Ponty, 1942
• Existentialism is a Humanism, Jean-Paul Sartre, 1946

Foundations of Mathematics

• Philosophical Importance of Mathematical Logic, Bertrand Russell, 1911
• Pure Induction, John Maynard Keynes, 1920
• Foundations of Mathematics, David Hilbert, 1927
• Lectures on Intuitionism, L E J Brouwer, 1951
• Hegel and Mathematics, Ernst Kolman, 1931
• Foundations of Mathematics in the light of Philosophy, Kurt Gödel, 1961
• Computing Machinery & Intelligence, Alan Turing, 1950

Epistemology & Modern Physics

• Epistemology & Modern Physics, Moritz Schlick, 1925
• The Logic of Modern Physics, Percy Bridgman, 1927
• Discussions with Einstein on Epistemology and Physics, Niels Bohr, 1949
• Reply to Criticism, Albert Einstein, 1949
• Physics and Philosophy, Werner Heisenberg, 1958
• The Philosophical Foundations of Physics, Rudolph Carnap, 1966
• Empiricism without the Dogmas, Willard Quine, 1951
• Philosophy & Methodology of Present-day Science, Shoichi Sakata, 1968

Marxist Orthodoxy

• The Dialectic, Karl Kautsky, 1927
• The Materialist Conception of History, G V Plekhanov, 1897
• Stagnation & Progress of Marxism, Rosa Luxemburg, 1903
• The “Thing-in-Itself” and Dialectical Materialism, V I Lenin, 1908
• The Recent Revolution in Natural Science, V I Lenin, 1908
• Summary of Dialectics, V I Lenin, 1915
• The ABC of Communism, Bukharin & Preobrazhensky, 1919
• On the Significance of Militant Materialism, Lenin 1922
• What is Proletarian Culture?, Leon Trotsky, 1923
• History & Class Consciousness, Georg Lukacs, 1923
• Marxism & Philosophy, Karl Korsch, 1923
• Dialectical and Historical Materialism, Joseph Stalin, 1938
• On Practice, Mao Tse Tung, 1937
• Dialectical Materialism, Alexander Spirkin, 1980

The Modern World
Cognition & Psychology

• What is a Sign?, Charles Sanders Peirce, 1894
• Thought and Language, Lev Vygotsky, 1934
• Logic & Existence, Jean Hyppolite, 1952
• The Virtue of Scientific Humility, Konrad Lorenz, 1963
• The Politics of Experience, R. D. Laing, 1967
• Genetic Epistemology, Jean Piaget, 1968
• Language & Mind, Noam Chomsky, 1968
• The Origins of Cognitive Thought, B F Skinner, 1989

Social Theory
Structuralism

• Structure of Social Action, Talcott Parsons, 1937
• Lectures on Sound & Meaning, Roman Jakobson, 1942
• The Culture Industry, Theodor Adorno & Max Horkheimer, 1944
• The Methodology of Positive Economics, Milton Friedman, 1953
• Structural Anthropology, Claude Lévi-Strauss, 1958
• Dialectic and History, Claude Lévi-Strauss, 1962
• Contradiction & Overdetermination, Louis Althusser, 1962
• Structuration Theory, Empirical Research and Social Critique, Anthony Giddens, 1984
• The End of History, Francis Fukuyama, 1992

Science & Society

• The Structure of Scientific Revolutions, Thomas Kuhn, 1962
• Objective Knowledge, Karl Popper, 1966
• The Ethic of Knowledge and the Socialist Ideal, Jacques Monod, 1970
• Against Method, Paul Feyerabend, 1975
• Gaia: A new look at life on Earth, James Lovelock, 1975
• Overcoming Epistemology, Charles Taylor, 1995

“Western” Marxism

• Work of Art in Age of Mechanical Reproduction, Walter Benjamin, 1936
• Reason and Revolution, Herbert Marcuse, 1941
• Character and the Social Process, Eric Fromm, 1942
• The Search for Method, Jean-Paul Sartre, 1960
• The Dogmatic Dialectic & the Critical Dialectic, Jean-Paul Sartre, 1960
• One Dimensional Man, Herbert Marcuse, 1964
• Lenin in England, Mario Tronti, 1964
• Preface to History & Class Consciousness, Georg Lukacs, 1967
• Long View of History, George Novack, 1956-68
• The Theory of Knowledge as Social Theory, Jürgen Habermas, 1968
• Marx’s Theory of Alienation, Istvan Meszaros, 1970

Liberation Epistemology

• The Phenomenological Method in Hegel, Alexandre Kojève, 1934
• The Negro Question, C L R James, 1948
• The Second Sex, Simone de Beauvoir, 1949
• The Myth of Women’s Inferiority, Evelyn Reed, 1954
• National Culture & Fight for Freedom, Frantz Fanon, 1959
• The Feminine Mystique, Betty Friedan, 1963
• Women: The Longest Revolution, Juliet Mitchell, 1966
• Sexual Politics, Kate Millett, 1969
• The Dialectic of Sex, Shulamith Firestone, 1971
• Women: Caste, Class or Oppressed Sex, Evelyn Reed, 1970
• The Archæology of Knowledge, Michel Foucault, 1969
• Man Made Language, Dale Spender, 1980
• Gender & History, Linda Nicholson, 1986
• Transformations, Drucilla Cornell, 1991
• (Untimely) Critiques for a Red Feminism, Teresa Ebert, 1995
• Patriarchy Gets Funky, Naomi Klein, 2001
• Needs Talk, Nancy Fraser, 1989
• Feminism and Postmodernism: An Uneasy Alliance, Seyla Benhabib, 1995

Literary Criticism
Post-structuralism

• Elements of Semiology, Roland Barthes, 1964
• Of Grammatology, Jacques Derrida, 1967
• Society of the Spectacle, Guy Debord, 1967
• The Postmodern Condition, Jean-François Lyotard, 1979
• Consequences of Pragmatism, Richard Rorty, 1982
• The Cultural Logic of Late Capitalism, Fredric Jameson, 1991

Recent Marxism

• Essays from the History of Dialectics, Evald Ilyenkov, 1960
• A Materialist Critique of Objective Idealism, Evald Ilyenkov, 1960
• Freedom and Fetishism, Marshall Berman, 1963
• Marxian Naturalism, Z A Jordan, 1967
• Hegel’s Theory of the Modern State, Shlomo Avineri, 1972
• Philosophy & Revolution (Lenin), Raya Dunayevskaya, 1973
• Philosophy & Revolution (Sartre), Raya Dunayevskaya, 1973
• Philosophy & Revolution (“New Forces”), Raya Dunayevskaya, 1973
• The Riddle of the Self, Feliks Mikhailov, 1976
• The Metaphysics of Positivism, Evald Ilyenkov, 1979
• Subject Object Cognition, V A Lektorsky, 1980
• Marxist Theory & Class Consciousness, Cliff Slaughter, 1975
• Classes and Classifications, Pierre Bourdieu, 1979
• Marx’s Critique of Classical Political Economy, Geoff Pilling, 1980
• The Violence of Abstraction, Derek Sayer, 1987
• Logic of Capital, Tony Smith, 1990
• Logic: Dialectic and contradiction, Lawrence Wilde, 1991
• Marx’s Grundrisse & Hegel’s Logic, Hiroshi Uchida, 1988
• Science and Humanity – Hegel, Marx and Dialectic, Cyril Smith, 1994
• How the “Marxists” Buried Marx, Cyril Smith, 1995
• Minimum Utopia: Ten Theses, Norman Geras, 2000
• The Informatisation of Production, Michael Hardt & Antonio Negri, 2000
• On Belief: The Leninist Freedom, Slavoj Zizek, 2001
• Repeating Lenin, Slavoj Zizek, 2001
• Postmodernism & the ‘Death of the Subject’, James Heartfield, 2003

BACON Oeuvres

Œuvres en anglais consultables, mais non téléchargeables sur le site http://fly.hiwaay.net, notamment :

- quelques extraits du Valerius Terminus of the Interpretation of Nature (1603)
- Of the Interpretation of Nature(1603) : Proem
- Novum Organum(1620) : PrefaceBook I (Aphorisms 1-68)

The Essays (1601) Texte anglais consultable sur le site de l’Université de l’Oregon.

Nova Atlantis (Fragment, 1624) Texte latin consultable sur le site de la “bibliotheca augustana” d’Augsburg.

New Atlantis (Fragment, 1626) Texte anglais consultable sur le site de l’Université de l’Oregon.

Sermones Fideles sive Interiora Rerum (1638). Version latine des Essays de 1601. Édition en hypertexte de Dana F. Sutton (Université de Californie, Irvine).

Oeuvres en français

Novum organum ; nouv. trad. en français avec une introd. et des notes par Lorquet, Alfred, Hachette (Paris) 1857

Oeuvres philosophiques, morales et politiques de François Bacon,… avec une notice biographique par J.-A.-C. Buchon, C. Delagrave (Paris), Date d’édition : 1880

Etudes sur Bacon

La philosophie moderne depuis Bacon jusqu’à Leibniz : études historiques. Francis Bacon / par Gaston Sortais, Éditeur : P. Lethielleux (Paris) Date d’édition : 1920-1922