Quand la démocratie sort de ses limites

Thématique “Vers un renouvellement des pratiques démocratiques ?” Article publié dans le groupe de la Revue Contre-Labyrintiques

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QUAND LA DEMOCRATIE SORT DE SES LIMITES (1/2)
(par Maryse Emel, professeur de philosophie)

Introduction :

Cette série d’articles cherche à comprendre l’”entropie démocratique” qui redessine les contours – ou leur dissolution – du “pouvoir du peuple”. Le problème avec la démocratie est d’abord celui de la définition de l’intérêt commun. Comment en effet parvenir à un accord fondé sur la majorité, voire l’unanimité qui ne soit pas simplement une arithmétique arbitraire ?

Le nombre n’est pas en effet un critère suffisant pour prendre une décision juste et vraie. La décision qui sera prise sera arbitraire du fait du jeu persuasif des orateurs. Le nombre n’est pas critère du vrai, quand il est ramené à une simple addition des opinions. Il mesure tout au plus la force rhétorique du jeu de persuasion. Dès lors définir le peuple comme une simple addition d’intérêts est incompatible avec l’idée de démocratie.

Ce qui anime ce travail est le souci de penser l’ici et maintenant, en s’interrogeant sur le sens de notre démocratie quand l’Etat gouverne par décret et dans l’état d’urgence.

Comment construire un intérêt proprement commun ? Telle sera la question que nous évoquerons ici, comme premier moment de la réflexion.

I- La démocratie ou l’illimité des désirs

Montesquieu écrit dans l’avertissement au lecteur qui figure en tête de l’Esprit des lois :

“J’ai d’abord examiné les hommes, et j’ai cru que, dans cette infinie diversité de lois et de mœurs, ils n’étaient pas uniquement conduits par leurs fantaisies. J’ai posé les principes, et j’ai vu les cas particuliers s’y plier d’eux-mêmes, les histoires de toutes les nations n’en être que les suites, et chaque loi particulière liée avec une autre loi, ou dépendre d’une autre plus générale.”

S’il rappelle que toute construction théorique établit des lois dans une liaison nécessaire les unes aux autres, c’est que Montesquieu cherche à expliquer les régimes politiques en fonction d’un comportement humain découlant de lois naturelles.

Ainsi y-a-t-il des nécessités naturelles auxquelles les hommes doivent faire face. Aucun libre arbitre n’explique ce qu’ils pensent être leurs choix. Que les cas particuliers se “plient d’eux-mêmes” aux principes de l’auteur, voilà quelque ironie de ce dernier à l’égard des adversaires de l’empirisme qui n’y voient que la loi du hasard. La démocratie se fonde sur la vertu explique Montesquieu et d’écrire au chapitre 3 du livre III de De L’esprit des Lois :

“Lorsque cette vertu cesse, l’ambition entre dans les cœurs qui peuvent la recevoir, et l’avarice entre dans tous. Les désirs changent d’objets : ce qu’on aimait, on ne l’aime plus ; on était libre avec les lois, on veut être libre contre elles ; chaque citoyen est comme un esclave échappé de la maison de son maître ; ce qui était maxime, on l’appelle rigueur ; ce qui était règle, on l’appelle gêne ; ce qui était attention, on l’appelle crainte. C’est la frugalité qui y est l’avarice, et non pas le désir d’avoir. Autrefois le bien des particuliers faisait le trésor public ; mais pour lors le trésor public devient le patrimoine des particuliers. La république est une dépouille ; et sa force n’est plus que le pouvoir de quelques citoyens et la licence de tous.”

Ainsi les désirs illimités modifient les hommes au nom d’un amour de l’égalité confondu avec celui de l’identité. La confusion de la proportionnalité et de l’addition arithmétique, voilà ce qui nous mène au despotisme. Tout régime a vite fait de sombrer dans le chaos de la confusion si on n’établit pas des haies protectrices. Obstacle et haies sont tout le contraire de cette volonté de traverser les limites. Montesquieu, suivi plusieurs décennies plus tard par Tocqueville, dans la Démocratie en Amérique, voyait dans ce nivellement identitaire de l’illimité la source de la fragilité et de l’instabilité des démocraties les menant à leur perte.

II- La démocratie et le modèle de l’intégrale algébrique

La démocratie se définit par l’exercice du pouvoir confié au peuple, à condition que ce dernier ne soit pas pure addition de désirs particuliers. La proximité avec Montesquieu cesse à la fin du Contrat Social où Rousseau ira jusqu’à poser la nécessité d’une dictature dans l’hypothèse où le peuple ne s’accorde pas avec la volonté générale. Soumettre de force les récalcitrants à cet intérêt commun, Rousseau le dit autrement en écrivant qu’on forcera à être libre celui qui n’a pas compris. Lire cet extrait du Contrat Social livre IV, au chapitre 6, est comme l’écho de notre actualité :

“Mais il n’y a que les plus grands dangers qui puissent balancer celui d’altérer l’ordre public, et l’on ne doit jamais arrêter le pouvoir sacré des lois que quand il s’agit du salut de la patrie. Dans ces cas rares et manifestes l’on pourvoit à la sûreté publique par un acte particulier qui en remet la charge au plus digne. Cette commission peut se donner de deux manières selon l’espèce du danger. Si pour y remédier il suffit d’augmenter l’activité du Gouvernement, l’on le concentre dans un ou deux de ses membres; ainsi ce n’est pas l’autorité des lois qu’on altère mais seulement la forme de leur administration. Que si le péril est tel que l’appareil des lois soit un obstacle à s’en garantir, alors l’on nomme un chef suprême qui fasse taire toutes les lois et suspende un moment l’autorité souveraine; en pareil cas la volonté générale n’est pas douteuse, et il est évident que la première intention du peuple est que l’Etat ne périsse pas. De cette manière la suspension de l’autorité législative ne l’abolit point ; le magistrat qui la fait taire ne peut la faire parler, il la domine sans pouvoir la représenter; il peut tout faire, excepté des lois.”

Rousseau prend l’homme non pas pour ce qu’il est mais ce qu’il est devenu dans le temps historique. Aiguillonné par son amour-propre, il pose ses intérêts avant tout. Il lui faut des limites si l’on veut sauver la démocratie. Cela conduit au concept de volonté générale présenté dans le Contrat Social. Il s’inspire du calcul infinitésimal de Leibniz.

Alexis Philonenko commente :

“Il faudrait donc peut-être rattacher la différence entre volonté générale et volonté de tous aux règles de pensée qui procèdent du calcul infinitésimal. […] Si nous donnons à ce terme “intégration” son sens mathématique, nous pouvons concevoir le passage mathématique de la somme pure et simple des volontés particulières – dont l’addition compose la volonté de tous – à la volonté générale comme expression “une” de la totalité. La volonté générale est la loi de la série dont les moments sont les citoyens. La volonté générale est le “rapport d’ordre” qui unit légitimement les volontés des citoyens dans une même expression et on peut dire que ce rapport d’ordre est une substance, et même une substance au sens pré-critique, à la condition d’entendre le terme de substance au sens leibnizien, c’est-à-dire comme loi d’ordre et de continuation. En d’autres termes nous devons nous appuyer sur la relation leibnizienne de l’intégrale et de la différentielle pour saisir la relation de la volonté générale à chaque volonté singulière. On peut très bien transposer le remarquable commentaire que donne M. Gueroult de l’idée leibnizienne de substance à l’idée de volonté générale. “La substance, écrit M. Gueroult, c’est la loi de la série posée et représentée ; les accidents ou déterminations, termes de la série, ce sont les forces vives déterminées à chaque instant dans l’expérience. On tiendra une substance pour la même tant que la loi de la série ou du passage continu et simple persistera. Ainsi la substance n’est pas une chose distincte des accidents, sans pourtant s’identifier à leur somme.” Écrivons “volonté générale” à la place de “substance”, voyons dans les accidents les “volontés singulières” ou les “citoyens”. Nous verrons apparaître la volonté générale comme le nexus des volontés singulières, c’est-à-dire la loi de l’intérêt commun à la série des citoyens, – loi qui, sans se distinguer des volontés qu’elle relie, est toutefois autre chose que leur simple somme. En d’autres termes la volonté générale est finalement une intégrale ; la volonté de tous n’est qu’une somme.” (Philonenko Théorie et praxis dans la pensée morale et politique de Kant et de Fichte en 1793, Paris, Librairie Philosophique J. Vrin, 1968, pp. 196-197.)

La volonté générale émerge de ce dont elle est distincte – la volonté de tous, collection de volontés particulières ne regardant qu’à l’intérêt privé – comme intégrale, c’est-à -dire comme totalisation (intégration) de tous les moments infinitésimaux constitués par ces volontés particulières à travers la somme algébrique de leurs nombreuses petites différences, au sens leibnizien. Se méfier de l’errance de la volonté générale, tel est le souci de Rousseau qui lui oppose les limites du calcul infinitésimal. Une démocratie semble de ce fait impensable hors ce jeu des limites. Cette démocratie des infimes différences ouvre dans le même temps la porte à la clarification du concept d’égalité. Celle-ci s’obtient sur fond de calcul des différences, donc en prenant en compte les minorités. Ou plus exactement le concept de voix minoritaires est pris en compte dans ce calcul de l’intégrale dans une combinatoire avec les voix majoritaires.

La multitude tant redoutée dans le système démocratique, par sa métamorphose en foule indomptable (c’est la bête dangereuse dans les Lois de Platon) ou en masse (c’est ici l’analyse d’Hannah Arendt), est ramenée à une juste mesure rationnelle dans le projet rousseauiste.

Conclusion provisoire (fin de la première partie)

La seconde des lois de la thermodynamique, la loi de l’entropie, fait du désordre une composante essentielle de la pensée politique complexe. Ainsi nous évoluerions vers un système politique et social instable. On assiste à une dissolution des contours de la démocratie ainsi qu’à celle d’individuation.

Pour le dire autrement, la catégorie de limite semble disparaître, et avec elle la possibilité de la démocratie.

ME

Maryse Emel est professeur de philosophie et chargée de mission au rectorat de l’académie de Créteil. Elle intervient sur différents supports de presse numérique, dont “Slate” et “NonFiction”. Elle anime également sur Facebook un groupe de préparation à l’Agrégation interne de philosophie.

Thématique “Vers un renouvellement des pratiques démocratiques ?”

QUAND LA DEMOCRATIE SORT DE SES LIMITES (2/2)
(par Maryse Emel, professeur de philosophie)

Introduction :

Rousseau défendait une transparence publique des affaires politiques. Le secret ne pouvait se déployer que dans la sphère du privé. C’est tout le sens de sa distinction entre le théâtre et la fête. La fête est l’image de la démocratie partagée, moment de partage et d’égalité qui s’achève par le retour à la scène privée de la maison. La transparence se définit comme “propriété qu’a un corps, un milieu, de laisser passer les rayons lumineux, de laisser voir ce qui se trouve derrière”.

Cette transparence Rousseau y mettait des limites. De la transparence qui laisse voir on est passé à la méfiance. Nous vivons dans un Etat de droit qui est sous état d’urgence. Dès lors, le secret se substitue à la transparence, le pouvoir du Président est accru.

La démocratie en tant que pouvoir du peuple, notion assez fuyante par son idéologisation, est en berne. A coté, se développent de plus en plus les termes “transgenre, transsexuel, transclasse, transhumanisme, transgénique” et bien d’autres construits sur le même préfixe, qui évoquent la « traversée du miroir », ce passage à une autre réalité qui se veut plus mobile, moins substantielle.

La lassitude conduit au refus de l’héritage par une transmission interrompue des valeurs politiques démocratiques. On redécouvre un souci de soi bien éloigné du concept foucaldien. Le souci de soi est aujourd’hui dans une rétractation sur soi ou dans un entre soi. Cet entre soi est une lecture dévoyée de la question des différences.

I- Culte des différences

Déjà Aristote se méfiait de la confusion de l’égalité et de l’identité. A propos de la monnaie, avant tout considérée comme un service afin de faciliter les échanges commerciaux, il expliquait que celle-ci ramenait à l’égalité des biens différents, ceci par un calcul de proportionnalité géométrique.

Confondre le calcul géométrique avec l’arithmétique était source selon lui du développement de la chrématistique, c’est-à-dire de la transformation des échanges en accumulation des richesses. Transférée au plan politique, cette idée permettait de comprendre la “déviation” du régime démocratique, substituant l’intérêt égoïste à l’intérêt commun. Il n’y a pas encore le calcul des infimes différences chez Aristote, mais l’analyse de cette confusion lui permet d’insister sur la nécessité des limites entre les divers pouvoirs.

Le pouvoir du chef de famille relève ainsi de l’espace domestique nullement assimilable au pouvoir du chef politique. Confondre l’économique et le politique c’est instituer la tyrannie, le chef de famille (despote en grec) n’ayant pas de rapports d’égalité avec les membres de l’oikos c’est-à-dire la maisonnée. Les différences additionnées n’y construisent aucun intérêt commun.

II- Entropie démocratique

Le modèle démocratique est en crise du fait notamment de la confusion entre espace privé et espace public. L’individuel remplace le commun.

L’usage répété du mot ne veut pas dire sa pratique. A la place on parle de collectif, renvoyant à la somme arithmétique des individus et donc non algébrique. On a pu expliquer cela par la seconde des lois de la thermodynamique, la loi de l’entropie qui fait du désordre une composante essentielle de la pensée politique complexe. Ainsi nous évoluerions vers un système politique et social instable. On assiste par voie de conséquence à une dissolution des contours de la démocratie ainsi qu’à la confusion de l’individuation et de l’individualisme, avatar d’une incompréhension de cette individuation qui se définit comme la réalisation d’une idée générale, d’un type, d’une espèce dans un individu.

Cela aboutit à faire disparaître la catégorie de limite, et de fait la démocratie. Commentant Saint Thomas d’Aquin, Etienne Gilson explique que selon ce dernier “de ce qu’il n’y aurait pas d’individus s’il n’y avait pas de corps humains, il ne résulte aucunement que ce soit le corps qui confère à l’individu sa dignité ni même qui en définisse l’originalité” (Esprit de la philosophie médiévale, 1931, p. 205). Cynthia Fleury lors d’une interview disait, se référant à son ouvrage Les Irremplaçables (Folio Essais, Gallimard, 2015) :

“depuis une trentaine d’années, les démocraties occidentales sont traversées par une dynamique de travestissement, de marchandisation délirante et sans précédent, qui fait de nous des entités interchangeables, remplaçables, mises au service de l’idole croissance. […] Mais l’expression d’entropie démocratique, c’est encore autre chose, cela renvoie au désordre interne de la démocratie, à ses dysfonctionnements qui relèvent de sa nature même.”

III- Dérèglement interne de la démocratie ?

Valorisant les cultures différentes au sein de la nation, le culturalisme, issu des travaux de l’américain Charles Taylor (Multiculturalisme : différence et démocratie, 1984), replia la démocratie sur des tendances communautaires excluantes.

Le modèle, enfermant chacun dans ses différences, ses appartenances identitaires a créé une situation de conflit entre les particularismes. L’échec de ce différentialisme a conduit à un réexamen plus attentif de ce terme dans cette recherche d’une démocratie prudente à l’égard d’un universel niveleur aux relents coloniaux.

Cela aboutit à deux démarches : une condamnation de l’individualisme, car on y voyait la cause de l’impossible partage pour la première, et le développement des théories du genre, accompagnées d’une explosion des divers “trans”, qui pourrait nous conduire à parler d’une “transdémocratie”, dont nous avons souligné les divers emplois. La première de ces réponses est celle du philosophe John Dewey. Olivier Voirol apporte cet éclairage avec John Dewey :

“Selon Dewey, la démocratie correspond par excellence à ce procès exploratoire visant à construire de manière réflexive des solutions aux problèmes qui se posent […] Cette conception de la démocratie s’articule à celle de la pluralité culturelle conçue comme une jonction entre le singulier et le commun. La singularité n’est pas une substance donnant lieu à une identité immuable car elle relève d’un processus que Dewey nomme “individuation”. Les entités singulières que sont les personnes ou les groupes sont toujours le fruit d’une histoire soumise à des reconfigurations, au gré des expérimentations menées, dans une transaction continue avec un environnement et avec des entités culturelles différentes. Ce n’est donc nullement en vertu de propriétés immuables que se constituent des entités individuées, mais par leur confrontation avec des singularités interagissantes, à la fois par exclusion et par combinaison mutuelle.” (“Pluralité culturelle et démocratie chez John Dewey”, Hermès, La Revue, 2008/2 (n° 51), pp. 23-28.)

Conclusion :
Vers une ontologie de l’individuation

Passer de l’autre côté, refuser le genre, c’est refuser la substantialisation de la démocratie, ou de tout classement qui fixe des genres. C’est opter pour une lecture héraclitéenne de celle-ci. Que deviennent alors les limites essentielles à la pratique démocratique ?

Nous citions, dans notre premier article, Leibniz. Ce dernier a consacré son œuvre à penser la distinction entre substance et individuation. Dans son livre Substance, individu et connaissance chez Leibniz, Christian Leduc aborde cette difficile distinction entre individuation et substance. Chaque individuation intègre la singularité entière de chacun dans l’espace et le temps du particulier. Lisons Leibniz :

“Or nous avons dit ci-dessus et il s’ensuit de ce que nous venons de dire que chaque substance est comme un Monde à part, indépendant de toute autre chose hors de Dieu, ainsi tous nos phénomènes, c’est-à-dire tout ce qui nous peut jamais arriver, ne sont que des suites de notre être, et comme ces phénomènes gardent un certain ordre conforme à notre nature, ou pour ainsi dire au monde qui est en nous, qui fait que nous pouvons faire des observations utiles pour régler notre conduite, qui sont justifiées par le succès des phénomènes futurs ; et qu’ainsi nous pouvons souvent juger de l’avenir par le passé sans nous tromper ; cela suffirait pour dire que ces phénomènes sont véritables sans nous mettre en peine s’ils sont hors de nous, et si d’autres s’en aperçoivent aussi.” (Discours de métaphysique § 13, A, VI, 4, 1546-1549.)

Ces propos de Leibniz sont à réfléchir, car comme il l’écrivait lui-même, “ils ne sont pas si éloignés de la vérité, ni si ridicules que le vulgaire de nos nouveaux philosophes se l’imaginent”. Mais surtout ils nous ramènent au calcul des suites en construisant une pensée de la mise en relation de ce qui constitue la nature de la substance.

La physique donne ici un modèle de la conception dynamique de l’individuation, en tant que transformation du concept classique de substance. Le modèle physique en remplaçant celui de l’algèbre, nous libèrerait-il de certaines confusions ?

La crise du modèle démocratique attend un travail autour de l’individuation et du modèle algébrique qui ne cesse d’en accompagner les représentations. Cela conduira, qui sait, à comprendre la fascination que ce mot de “démocratie” provoque et surtout mieux comprendre ce qu’il y a de l’autre côté du miroir..

ME

La nouvelle boîte de Pandore

Ce soir-là ils étaient quelques uns à avoir répondu à l’invitation de la semeuse. Elle avait semé quelques mots et on l’avait entendue. C’ était déjà une victoire quand on pense au bruit quotidien de tous ces mots avides d’occuper la place qui recouvrent la moindre parole par goût du pouvoir.
Sur une table se côtoyaient l’histoire des jardins ouvriers, des livres sur les graines, et une grosse boîte qui attirait l’oeil et la main des plus jeunes. Une grainothèque, c’était le nom de cette étrange collection à l’intérieur. Chaque graine occupait sa petite case, elle qui aimait tant le plaisir nomade. Pas une seule ne ressemblait à une autre. Et par les voyages, les rencontres que chacune ferait un jour, on pouvait deviner que la petite boîte ne contenait qu’un infime échantillonnage d’un univers infini.
On avait amené le tout par caddie. Oui, un caddie type supermarché, recyclé en l’occasion en tracteur de la semeuse.
Les habitués du bar regardaient curieux, pendant que la serveuse déplaçait une table, ayant oublié le grincement que celle-ci peut produire quand on ne la soulève pas.
J’ avoue ne pas trop m’y connaître en graines. Ecoutant ces semeurs de mots me renvoyant à une rêverie intime, je fus amusée de découvrir les mille et un stratagèmes développés par les graines pour voyager à peu de frais.
Ce que je retins de ce soir-là c’est la force des convictions pour vivre. Bien sûr je ne suis pas en train de devenir adepte d’un anthropomorphisme de mauvais aloi. Les graines évoquent bien plus qu’elles-mêmes. C’est une banalité  de dire cela. Elles nous renvoient à notre monde, un monde où il ne fait pas bon de prendre des risques.
Un intervenant racontait qu’aujourd’hui dans les crèches, le sol est dans une matière qui évite de se faire mal quand on tombe. Les enfants ne savent même plus tomber, et sentir la chute dans leur corps, concluait-il.
De la même façon, la dénonciation de la pollution sert d’abord les intérêts de quelques grands holdings,constatait un autre. A cette société de la peur, ils sont nombreux à s’opposer. Marx et Rousseau s’immiscèrent tant bien que mal dans la discussion .
Ce soir-là, moi qui n’y connaît pas grand-chose, j’ai senti un vent de liberté. Des jardins surgissent dans des lieux insolites, en réponse à l’impossible dialogue avec l’administration.Il y a des hommes, des femmes, qui sèment leurs désirs aux quatre coins de cette ville, en silence.

La semeuse a repris son caddie… Elle souriait. Une petite fille avait ouvert la grainothèque…

Non ce n’était pas Pandore.
L’espoir n’est pas resté au fond de la boîte.

Maryse Emel

Le troc

 

LE TROC par Maryse Emel

 

C’était un dimanche. J’étais novice, néophyte sur la question des graines et de bonne composition. Bref, ouverte aux multiples surprises de la vie.  J’avais acheté un journal pour meubler à peu de frais cette journée dominicale.   La fin du mois approchait et les restrictions financières aussi. Près du métro Jaurès, on annonçait un événement sympathique. Il s’agissait d’échanger des graines, des plants. Rassurée sur la destination culturelle qu’empruntait ce jour férié destiné à  un repos mérité ou nécessaire, je rêvais de ces futures fleurs bientôt chez moi, prêtes à tout pour colorer la terrasse bétonnée  d’un architecte en quête de reconnaissance.  

J’arrivais à la sculpturale rotonde, et après quelques errances dues  à un douteux sens dépourvu d’orientation, je parvins enfin à ce point qualifié d’éphémère.

C’était plus qu’un point. C’est vrai que la misère est plus belle sous le soleil ou les lumières de la nuit .

Je rentrais dans ce lieu enchanteur. Ici pas de vente. Juste du troc me déclara une jeune femme avec le ravissement de quelqu’un qui venait de découvrir la lune. Le troc ? Ce n’était pas le cas au comptoir, où les euros sonnaient de tout leur poids.

J’étais entourée de têtes et de corps qui à force de troc sans doute semblaient indifférents à la réalité du contexte. Certains s’adonnaient au macramé. Fatiguée, je dus sortir ma carte d’invalide pour obtenir un siège.

Je me sentais de trop ici. Non ce n’était pas un lieu habitable. Le troc cachait mal ces gens dehors qui avaient froid.

Cet entre-soi rendait contradictoire cet imaginaire voyageur des graines.

Tout semblait convivial pourtant…

Mais le troc n’est qu’un échange archaïque qui a pour but la satisfaction des besoins.

Un échange monétaire rudimentaire.

le troc n’est pas le lieu du désir… juste celui de la nécessité

Le troc tue l’imaginaire de la rêverie.

Le vrai échange n’est-ce pas la parole ? La graine est occasion de rencontre. Elle circule, tissant les mots de la phrase ou du silence

Finalement on se retrouvait dans le trafic légal, cette fois.

Trafic sans âme autre que celle de l’économique.

Oikos, en grec, c’est l’économie, c’est-à-dire la maison.

Je songeais que ce lieu était fermeture sur soi, une extension de ces valeurs que l’on connaît, celles de la famille. Il fallait appartenir à la fratrie.

Je me sentais exclue.

La graine ici ne donnerait rien. Elle portait en elle l’impossible rencontre. Il fallait un Sésame pour être admis. Je m’enfuis et me sentis rassurée quand à la grande famille se substitua la singularité de chacun. La rue avait ses graines de rencontre Je m’y sentais à l’aise…

SDF cherche appartement

SDF cherche appartement

Il n’y a pas longtemps, on l’ a appelé. Le prêtre de la Paroisse souhaite le rencontrer. Il est musulman, a perdu son logement à la mort de sa mère. Huit mois qu’il dort dans la rue. Il a bu de la bière et du vin cet hiver, histoire de ne pas avoir froid. À 39ans il porte ses rêves toujours plus difficilement. Quand on lui a parlé de pèlerinage à Lourdes il a cru à une blague. Peut-être vont ils me concéder la grotte comme logement dit-il en serrant les dents. Avec ses deux mètres il se voit bien en tête du cortège, attendant la parole du Christ lui offrant une concession.

Le service social ? une autre blague, moins amusante celle-là. Depuis 8 mois on lui a promis…beaucoup de choses. La déontologie sociale veut qu’il assume la décision de suivre une cure. Discours dont Kafka lui-même n’aurait peut-être pas eu l’idée. Addict comment peut-on concevoir un libre choix ? une décision ?

Alors il traine au service social qui, bonne conscience oblige lui donne des tickets restaurant.

On lui demande un projet de vie … mais on ne le tient pas au courant de l’évolution des démarches. Une responsable se justifie en disant qu’il n’est pas facile. Et de se réfugier derrière le secret professionnel.

On le connaît dans le quartier. Il fait rire alors on rit. Mais quand il s’agit de questions sérieuses, prendre une douche en réelle intimité, le silence remplace les rires. Va au service communal lui dit-on, en tournant le regard.

Les cafés préfèrent les alcooliques qui payent. Alors il est interdit de séjour, pendant que les faux notables de l’opinion publique, boivent tout leur saoul.

Je sens la mort m’a-t-il dit un jour.

J’écris sans grande conviction, mais qu’on m’explique pourquoi les oiseaux n’ont même plus besoin de se cacher pour mourir.

Maryse Emel

Professeure de philosophie

Recensions de Maryse Emel dans L’Oeil de Minerve

L’archipel des idées de François Jullien, ed MSH 2014 lu par Maryse Emel

Par memel le 06 février 2015, 06:24 – Philosophie générale

C’est à la façon des peintres de paysage que François Jullien nous présente son archipel, aux éditions MSH,  collection « L’Archipel des idées », une nouvelle collection  nous invitant à découvrir une pensée, un monde, un auteur.

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04 février 2015

Radicalisation, par Farhad Khosrokhavar, Éditions MSH, collection Interventions, 2014 lu par Maryse Emel

 

La « radicalisation » est un processus de compensation sociale et affective  qui ne se confond pas nécessairement avec le terrorisme. Pour Farhad Khosrokhavar, auteur de l’essai Radicalisation, récemment publié aux éditions MSH (collection Interventions), il s’agirait d’une « perception » de la violence et de son interprétation selon des axes idéologiques.  Et, dans cette perspective, le jihadisme pourrait être interprété comme l’héritier des mouvements anarchistes et d’extrême-gauche des XIXe et XXe siècles.

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26 janvier 2015

Antonin Wiser : Vers une langue sans terre. Adorno et l’utopie de la littérature. Editions MSH, collection Philia, 2014 lu par Maryse Emel

Le danger est la lutte pour la domination idéologique des discours, qui se traduit par l’uniformisation, l’équivalence, et le règne des principes d’identité et de non-contradiction au sein du discours. Ainsi la langue est-elle bridée par la langue des maîtres. Procédé de désertification qui assèche la terre. Il faut donc déserter cette désertification que crée la domination. Aller vers une « langue sans terre », la libérer de ses racines : c’est cela le projet de l’utopie…

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12 janvier 2015

Sagesse des contes soufis, par Oscar Brenifier et Isabelle Millon, Editions Eyrolles, 2013, lu par Maryse Emel

 

Philosopher pour les deux auteurs,  c’est se dispenser de la connaissance et de tout rapport à l’exercice quotidien de la philosophie. La dernière fable permet de ressaisir le sens de cette proposition, et d’en mesurer les enjeux. Un roi qui a des idées généreuses s’en voit victime et finit par y renoncer. Ce sont des expériences personnelles et non la réflexion qui le conduisent à rejeter ses a aprioris favorables au peuple. En effet il souhaite donner au peuple une instruction. Le soufi va l’amener à comprendre qu’il vaut mieux renoncer aux grands idéaux et en rester à la tradition.

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07 janvier 2015

La philosophie, comme un roman. « De Socrate à Arendt, les philosophes répondent à nos questions » ( de Laurence Hansen-Löve, en collaboration avec Laure Becdelièvre et Fabien Lamouche, ed Hermann, Presse de l’Université Laval, 2014) lu par Maryse Emel

Par memel le 07 janvier 2015, 06:00 – Histoire de la philosophie

le projet de Laurence Hansen-Löve : s’entretenir sur le mode de l’écrit avec les philosophes, hommes d’un temps, d’une histoire, sans faire étalage d’une collection d’idées.  

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15 décembre 2014

Barbara Cassin, L’archipel des idées, Revues / Collections : L’archipel des idées Editions de la Maison des sciences de l’homme lu par Maryse Emel

Barbara Cassin, L’archipel des idées, Revues / Collections : L’archipel des idées Editions de la Maison des sciences de l’homme. 

Un vrai pari que de présenter cet ouvrage. Un archipel a de multiples entrées. J’en choisirai  une : la figure d’Hélène de Troie.

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24 novembre 2014

Séverine Kodjo-Gradvaux, Philosophies Africaines, lu par Maryse Emel.

Séverine Kodjo-Gradvaux, Philosophies Africaines, Présence Africaine, lu par Maryse Emel.

« Il faudra bien que le soleil que je transhume éclaire les moindres recoins… Celui qui cherchera dans mes yeux autre chose qu’une interrogation perpétuelle devra perdre la vue… »

  1. FanonPeau noire, masques blancs

Présenter les « philosophies africaines », tel est le projet de Séverine Kodjo-Grandvaux, rédactrice en chef adjointe des pages « culture et médias » de l’hebdomadaire Jeune Afrique.

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07 novembre 2014

Jean Salem, “Élections, piège à cons ?”, Flammarion, 2012. Lu par Maryse Émel

Pour un droit à l’écœurement… C’est ce qu’écrit Jean Salem dans un pamphlet au ton vivifiant et sans compromis, “Élections, Piège à cons?”, paru en 2012.

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05 novembre 2014

Sandra Aube, Thierry Kouamé, Éric Vallet, Lumières de la sagesse, Écoles médiévales d’Orient et d’Occident, lu par Maryse Emel 

Sandra Aube, Thierry Kouamé, Éric Vallet, Lumières de la sagesse, Écoles médiévales d’Orient et d’Occident, Publications de la Sorbonne, 2013.

« Le monde existe seulement à travers la respiration des écoliers » (phrase talmudique citée p.171)

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08 septembre 2014

Claude Obadia, Kant Prophète? Éléments pour une europhilosophie, Ovadia, lu par Maryse Emel

Claude Obadia, Kant Prophète? Éléments pour une europhilosophie, Ovadia, 2013, 172 pages.

Claude Obadia, dans son récent essai (préfacé par Alexis Philonenko) Kant Prophète Éléments pour une europhilosophie, propose une lecture des troisCritiques de Kant, qui ne saurait être achevée, comme il l’écrira en conclusion. Il y associe les Opuscules sur l’histoire, que bien souvent on considère comme mineurs. Le projet consiste aussi à montrer que les trois Critiques ne sont pas séparables de l’histoire.

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30 juin 2014

Benoît Charuau, Lettres à un jeune gay et autres citoyens. Pourquoi tant de passion?, Éditions Le Manuscrit, 2014. Lu par Maryse Emel

Ces sept lettres présentent différents visages de l’homophobie, et adaptent le ton et le discours à celui à qui est destinée la lettre.  Sept lettres qui reconstruisent une figure du désir à partir de l’homophobie. Sept textes qui croisent les divers chemins de l’histoire de la philosophie, « fille du désir » elle aussi, pour se connaître soi-même et « devenir ce que l‘on est » ou encore « se vouloir », comme il l’écrira à Victor.

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04 juin 2014

Bachelard, Le Droit de rêver, PUF, 2013. Lu par Maryse Emel

Cette réédition aux PUF Quadrige du Droit de rêver est un ensemble de textes écrits entre 1942 et 1962, jamais réunis du vivant de Bachelard, et dont le titre et l’ordre, nullement « chronologique  », ont été choisis par l’éditeur.

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26 mai 2014

François Jullien, Vivre de paysage ou l’Impensé de la raison, Gallimard, 2014. Lu par Maryse Emel

Comme dans ses autres ouvrages, François Jullien nous offre dans ce livre,Vivre de paysage ou L’Impensé de la raison, une « variation » sur cet autre de la philosophie, la sagesse, dont Héraclite, selon lui,  aurait ouvert la voie, chemin que la philosophie aurait tout aussitôt refermé.

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30 avril 2014

Pierre Charron, De la Sagesse, Slatkine Reprints 2013. Lu par Maryse Emel

 

Pierre Charron, De la Sagesse, Slatkine Reprints 2013. 

Rééditer De la Sagesse de Pierre Charron dans son édition de 1824, c’est sauver de l’oubli une pensée difficilement classable à qui, d’ailleurs, Émile Bréhier n’accorde que quelques lignes dans le portrait consacré à Montaigne, le réduisant à un moraliste humaniste, un mélange de Montaigne et d’Épictète.

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Henri Maldiney, Le vouloir dire de Francis Ponge, Encre marine, 2014, lu par Maryse Emel

 

Henri Maldiney, Le vouloir dire de Francis Ponge, Encre marine, 2014. 

Un poème parfait est « celui qui porte son évidence en lui » écrivait Francis Ponge dans My Creativ Method. Nul besoin de l’expliquer : « Une œuvre s’expose dans la surprise de soi » écrit Henri Maldiney, philosophe, auteur de Le vouloir dire de Francis Ponge, réédité en février 2014, vingt ans après sa première édition, en 1994. Affirmation paradoxale, puisqu’il s’agit de présenter l’œuvre sans expliquer…. Mais le paradoxe est constitutif de l’œuvre de Francis Ponge…et de la philosophie.

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26 mars 2014

Schopenhauer, L’Art d’avoir toujours raison, Mille et une nuits, 2003, lu par Maryse Emel

 

Schopenhauer, L’Art d’avoir toujours raison, Mille et une nuits, 2003. 

L’Art d’avoir toujours raison de Schopenhauer est un traité des «  stratagèmes », au sens de  Machiavel, du joueur « d’escrime », métaphore de Schopenhauer, pour que triomphent des arguments seulement vraisemblables. Il prolonge par ce texte Les Topiques d’Aristote. Celui-ci opposait les arguments dialectiques, c’est-à-dire seulement vraisemblables, à la vérité nécessaire de la démonstration.

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06 mars 2014

Paul-Henri Thiry d’Holbach, Essai sur l’art de ramper à l’usage des courtisans, 1764, Librio, Philosophie, 2014, lu par Maryse Emel

 

Paul-Henri Thiry d’Holbach, Essai sur l’art de ramper à l’usage des courtisans, 1764, Librio, Philosophie, 2014.

Le Baron d’Holbach entreprend de faire le portrait des Courtisans et de leur enseigner l’art de ramper. Au renard de Machiavel il va substituer l’image du serpent, qui a pour caractéristique de glisser, et d’être de ce fait insaisissable.

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recensions Maryse Emel dans nonfiction.fr

Ses critiques

 

[10/11/15] Lire Paul Celan

Articles Maryse Emel

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Bac philo 2016 : Hannah Arendt pour comprendre le politique

Bac philo 2016 : la politique est-elle l’affaire de tous?

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La bienveillance envers les handicapés, qu’en penser?Macron ou la logique de l’insulte

L’enfant dans l’art à voir au Musée Marmottan MonetLa grève ou la lutte pour le droit

Un Etat autoritaire, c’est l’autorité de l’école contestée

Le sens de l’histoire : Paul Klee

L’énigme de la rencontre ou l’aveuglement d’Oedipe

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Lire, ou faire son entrée au monde de la culture

Chanter, vivre et crier sa liberté

Trois mots. Liberté, égalité, fraternité

Le 1er Mai et les syndicats : l’absence de consensus

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Quel modèle démocratique rejettent-ils?

Le coup de Phil ou la limite du bon goût

Histoires de toiles par Maryse Emel

Histoires de toiles

Maryse EMEL

Je me posais trop de questions ces derniers temps…c’est en les regardant que je compris peu à peu.

Elles ont vécu avec moi, très proches et éloignées……….m’ont fait partager leurs solitudes, des solitudes qui n’étaient pas toujours des abandons. Non. Des solitudes choisies, désirées…

Ce ne sont pas des victimes…..même si leur vie est imprévisible, même si elles ont parfois fait des choix qui n’en étaient pas.

Chacune a sa façon d’appréhender le monde, de le vivre.

A les rencontrer je m’attachais…tâche laborieuse …tâche indélébile

Elles sont en moi, moi en elles………………

Nous sommes sur ce territoire des mots 

des femmes qui ont su s’échouer sur le rivage du désir

A la lisière du texte

Moi je suis celle qui écrit.

Je tisse la toile

Je tisse le texte

Nouvelle Pénélope à la tâche, détachée de l’attente de cet homme parti sur la route de la gloire

Une Pénélope internaute, une Pénélope sans entrave

Temps de l’instant

Temps de l’urgence

Temps du net..ce temps qui est le nôtre

Je suis ce temps

Je l’écris

J’irai à ta rencontre Lecteur du pas lent et léger d’Hermès

Quoique parfois me prend l’envie de courir

Fuir les chemins empruntés Tracer ma route

ne pas rester là

Inventer le cheminement qui mène au Verbe

Je les ai rencontrées, je te rencontre…

Une histoire de rencontre en somme, de désir aussi

Jouons lecteur

Au Jeu de l’amour et du hasard

Jouons la rencontre

Jouons les mots de l’écriture

Les mots montrent et taisent

Je ne te prendrai pas au piège de ma toile

Tu es libre de quitter la partie

Il y avait donc toutes ces femmes

Elles et moi

Moi et elles

Je tisse le texte

La tête dans les étoiles…

La chance de Pénélope

C’était d’être un œil

Le net n’a pas d’œil

Juste une sorte de cam

Un cyclope rencontré un jour

Au détour d’un étal

Seul le cyclope

Pas de cœur

Pur consommateur de vie

Un œil au milieu du front

La lance d’Ulysse

Dressée

Ne voit plus

Œil sans vision

Ne voit

Personne

Héloïse… était si forte … si fragile à la fois…

Elle se souvient

Il était une fois un mélèze….

Un soir de septembre..

Des falaises..

Des falaises du côté du Tréport, pas très loin de ses souvenirs d’enfant, quand elle allait en vacances à Ault avec sa grand-mère. Il y a une photo d’elle les cheveux coupés…sa mère trouvait cela plus hygiénique….Elle cela la rendait triste.

Le banc où elle écrivait ses poèmes s’ennuyant de la ville

La cheminée qui tirait mal

Le tas de bois au fond du jardin

Le jardin

Sa fille y imaginait un vieux cheval retraité

un cheval rêvé

les fleurs

l’herbe tondue

le mélèze…imposant et impressionnant.

L’a perdu

Souvenirs parcellaires er si présents

Des souvenirs qu’elle efface

Et qui renaissent sans cesse

On ne peut pas vivre dans le passé

Mais le passé n’est personne d’autre que soi

Peut-on vivre à l’écart de soi ?

Jane, autre visage. Elle ne fait que des projets. Sa vie est projection et protection contre la morosité. Elle redoute l’ennui.

Elle est déterminée dans ses choix au risque parfois de s’égarer ou de se perdre.

Elle lit, peint, mère et amante à la fois…

De la morale elle n’a que faire.

Elle ne sait pas obéir

Elle ne sait pas se taire

Projetée devant elle

Femme en devenir

Elle ne retient pas le passé

Le laisse filer

Pénélope observait, Pénélope écoutait

perdus sur le net

ces hommes et ces femmes attendent

mais ils ne savent pas quoi…………..

la vie peut-être

de la puissance du clavier au réel si triste de la rencontre

il arrive à l’heure

et soudain…

plus rien à dire

faillite des mots

faillite des sentiments

ils prendront un verre, deux peut-être

y croiront un peu

coucheront

se sépareront tôt

se reverront une autre fois………….. ;peut-être

et oublieront

reprendront le clavier

communiqueront

je pense à Ulysse et son Odyssée

je pense à Pénélope qui tisse la toile de son retour

je pense à tous ces lieux de rencontre où on ne rencontre que son clavier et un écran qui rappelle la distance infranchissable…je me rappelle de toi si loin

je me rappelle de mon refus de continuer

je vous entends tous taper sur le clavier

je vous vois lutter contre l’inhumain abandon

vous abandonner au rire, à la tristesse, à des bras..sur le net vous y arrivez

Oui Lecteur

Ton temps n’est pas le leur

Continue de me lire..

Entrons ensemble dans ce temps qui n’est pas nostalgique, dans ce temps qui refuse la ligne

Dans cet instantané du point

Mon écriture perd la ligne

Elle retourne sans cesse à la ligne

Pour la saisir cette ligne

Mais…

investie et militante

elle est ce qu’elle fait

elle croise d’autres femmes

d’autres histoires

elle en invente même

éternelle insatisfaite

elle est désir

pas une égarée

pas une nostalgique

elle se bat

non pas contre

elle se bat avec les autres

avec elle-même

elle est seule

mais cette solitude est choisie

elle refuse l’épaule masculine

elle refuse d’être réduite à un objet

elle se dit authentique

elle ment souvent

mais mentir c’est souvent nécessaire

la morale nuit souvent à autrui

passion triste disait Spinoza

elle ne se ment pas à elle

elle ment à tous ceux qui ne comprennent pas

qui fuient

qui sont lâches

qui ont peur

d’elle

elle ment parfois à ceux qu’elle aime

elle est imprévisible

toujours en devenir

toujours elle

jamais pour un homme

s’invente tous les jours

rejoue son passé

prof

elle croit à ce qu’elle fait

les aime

ces élèves qui sont elle

elle sourit

elle ne se lamente pas

les femmes perdues

elle ne cesse d’en croiser

les femmes aliénées et déçues, elle les voit

elle

elle est seule

mais solitude n’est pas abandon

elle a mis longtemps à le comprendre

elle vit

ses attentes

elle

sait

ne s’ennnuie pas

Bovary son opposée

Pénélope, son risque et ses dérapages

Héloïse, la nostalgie et ses tentations

Elle joue de ses contradictions……

il est violent

jette son sac avec colère

vise le sol

la voiture stationnée là aurait pu se retrouver victime de son geste brusque

tant de haine pour sa mère

tant d’amour réclamé, jamais donné; jamais reçu

il est furieux

insulte

attend qu’elle réagisse

elle s’énerve, le hait, lui en veut

ne pas être ce qu’elle attendait de ce rêve de femme

maternée par le désir de procréer

à défaut de créer

d’être une artiste

il fut son oeuvre

son échec aussi

elle voit à travers lui

se reconnaît comme celle qui ne voulait pas

mais qui accepta

d’être

ou plutôt de ne plus être

cette femme

cette attente sans nom

elle regrette

a des remords

des désirs sans nom

sans suite

elle fuit

aujourd’hui

cette nuit

sa fille la rappelle

hurle

attend qu’elle se retourne

elle court

ne reviendra pas

sur ce temps

perdu

périmé

pétrifiée…elle attend…

comme si tout n’était qu’un rêve

son fils hurle

elle pleure

sa fille est partie sans se retourner………..

une femme pressée

elle déborde d’énergie

se raconte alors…

débordement

explosion

aurait voulu être

tant de choses

ne sait plus

ne plus être cette femme

être

le rêve d’elle même

actrice belle et libre

elle fume une cigarette

parle

je l’écoute

elle parle fort

se répand

se trouve pas mal conservée

continue de parler

une parole qui la rend presque belle

la révèle

elle qui aujourd’hui pointe à l’ANPE

elle qui n’existe pour personne

pas même pour elle

surtout pas pour…

vit dans la lumière de l’autre

ombre d’elle-même

elle porte un étonnant chapeau

un peu de travers

….

elle a une fille

15 ans

l’a emmenée pour la première fois au restaurant

elle en est si fière

a un peu bu

titube

mais reste fière

sa fille lui sourit…

ces femmes

elles renoncent

parfois

pas toujours

elles sont là

elles pleurent

rient

je les invente

les transforme en texture durable

elles sont moi

autres

je suis elles

elles moi

quelle différence

ces personnages de papier

ces inventions littéraires

qui justifient

le travail

de tous ces décrypteurs

rarement décryptés

et si sûrs de leur mérite…

ces femmes sont dans le désir..

au café, à proximité d’un couple.

Observer

Comprendre pourquoi tout va si mal

Pourquoi il detourne le regard

……………

elle l’embrasse

affirme qui elle est

il est gêné

elle semble heureuse

lui se tait

pas de souci

il part au ski

la pension alimentaire

les frais multiples

que son ex a avancés pour les enfants

il s’en fiche

ce matin

il part au ski

il doit de l’argent à sa fille

il n’aime plus sa femme

il rit tout seul

ce matin

il part au ski

fera un autre enfant

pour se retrouver

père

pour de vrai cette fois

ce matin

il part au ski

il faut que tu penses à..

faut que….

faut

le verbe falloir décliné à tous les ttemps

tous les modes

il ne peut vivre que dans ce cadre

ne peut pas le bousculer

ne sait vivre qu’ainsi

a peur d’être bousculé

sans cadre

alors

il cadre

recadre

nul écart dans la conduite

ne peut pas

a ses auteurs

ceux de sa famille

de son père

savant au pays des savants

ne sait pas

l’ignorance

la redoute

il faut lui faire réviser ses devoirs

lui n’ a pas su la retenir

Marie n’aime pas les retenues sociales

Marie n’aime pas la bague de famille

Marie n’appartient pas à cette famille

Marie n’aime pas l’ordre

l’ordre des méritants

surtout quand le mérite est celui des nantis….

il y a les auteurs dignes de l’intérêt de la bourgeoisie

il y a ceux qui n’intéressent pas

il y a ceux que l’on méprise

il y a enfin ceux qui ne passent pas à l’existence

elle a vécu au milieu de ces gens

silencieusement

elle a aussi cherché à vivre à l’inverse avec les sans culture

elle a essayé

elle a compris

rien ne sert de vouloir comprendre

sauf pour des exercices de style

dans tous les cas personne ne se pose de question

elle est seule

mais si on ne peut partager sa vie, ses motivations, ses engagements,

elle sait que les autres veulent être compris

sans comprendre

alors elle s’y exerce

déchiffre

décrypte

mais restera seule

attachée à des ombres

on dit d’elle parfois qu’elle est égoïste

peut-être

dans son silence parfois elle se replie

Pont l’Evêque

Flaubert y était

Elle y pense

Elle aurait pu s’appeler Bovary

mais a refusé ce destin

l’ennui non

elle prépare Noël

la ville de Province se replie sur la famille

pas de restaurant ouvert le 24 décembre

c’est une fête familiale lui dit un commerçant

interdit d’être sans famille le soir de Noël

coupable celui qui sort du rang

coupable celui qui est seul

une femme se presse

une rose bleue pour mettre dans le vase ce soir

sourire

acheter du chocolat

manger

se presser

et oublier

plaisir du soir

aimer le rire des enfants

aimer

la joie

elle met ses vêtements

les a choisis

heureuse

un noeud dans les cheveux

le chien a un ruban dans le collier

il a ses livres

un peu distant

un peu heureux

un peu triste

le passé est là

ne meurt pas tout de suite le passé

mais il grandira

elle le sait

suffit d’attendre

depuis ce matin elle est dans sa couette

lit Rousseau

s’interroge sur la place des domestiques dans la l ittérature du XIXeme siècle

rêve à…

a toujours aimé cette fête de Noël

on prend des photos

ne pas oublier

ces rares moments de joie

ensemble

les enfants

ses enfants

elle les aime

que dire d’autre?

Les mots sont pauvres

elle les trouve

les perd

les grave

pour ne pas oublier

le mélèze a disparu

il y a aujourd’hui la mer

les falaises

elle croyait les avoir oubliées…

elle les a peintes….on ne s’oublie pas

Jane Eyre

elle en était fascinée

des livres

une certaine solitude

une maison sans contrainte

un fauteuil

le plaisir de lire

elle était son rêve

aujourd’hui elle se souvient

Ulysse cherchait des femmes pour passer le temps

Pénélope tissait la toile

Webcam au poing

Elle rencontrait et cousait, se piquant parfois le doigt,

Elle n’avait pas de dé

Des fragments

De vie

Un corpus

Elle cherchait dans toutes ces rencontres sens dessus dessous

Du sens

Nouvelles liaisons dangereuses

Dont elle était le texte

Et le sexe

La main tremblante

Ulysse affrontait la mer

Elle

Voyageait

Surfait sur l’océan des mots épars

Un jour …………

Elle prit une décision

Elle coupa le fil de sa toile……….

Elle s’inscrit sur la toile …

Son annonce était simple : femme libre et authentique. Assez énigmatique et fascinant pour prendre au piège de la toile le premier passant errant .

Et tout se précipita. Les contacts MSN augmentaient de jour en jour. Elle en comptabilisait plus de huit cents.

Griserie

Enthousiasme

Et puis très vite tout a basculé …

ces faux semblants

Cette tristesse de la rencontre

Ces abandons

Tous ces renoncements

Ces amours brefs et insensés

Il lui donna rendez-vous dans la précipitation

Il voulait faire l’amour pour pas cher

Une Alfa Roméo comme arme de séduction

Elle refusait de voir qu’il était venu pour satisfaire une pulsion brutale

Se vider

Une vidange sauvage

Faire le plein de sensations fortes

Dans un quartier chaud

Se la faire

Baisser son pantalon

Et la baiser

Comme ça

Sans tendresse

Sans parole

Sans embrasser

Nier cette bouche humaine trop humaine

Lui mettre le sexe dans la bouche

La faire taire

Nier l’humain en elle

Polyphème

Ou son frère

Et Ulysse

Pourquoi en faire un héros

Si les cyclopes courent toujours ?

Pénélope avait des prétendants qui l’aimaient bien

Ulysse avait quelques difficultés à rentrer de Troie

Etait là où on ne l’attendait pas

Pénélope

Fille d’Icarios

Icare

Un autre

volait

Elle aussi

Aurait aimé

Sans se brûler

Ulysse fils de Laêrte mais il s’appelle Personne

Sans sol sous les pieds

Parfois perd pied

Pénélope danse

Sur les mots

Ulysse s’attache au mât

Il résiste

Elle désire

Pas risqués de Pénélope

Sur le fil

Elle l’a rencontré cinq minutes sur le chat

Jeune

Très jeune

Il veut du sexe

Tout de suite

A envie

Tout de suite

N’attend pas

Devient agressif

Ne donne pas son prénom

N’existe que ce jour là

Elle croit l’avoir trouvé l’homme de sa vie

Il est tendre

Mais quelque chose la trouble

Il est trop prévenant

Trop attaché

Aime trop sa mère

Son fils

La photo de son ex est encore dans la chambre et l’observe de trop près

Elle n’ est que la remplaçante

Celle qui ne vaudra jamais l’original

Elle préfère tout arrêter

N’est pas triste

Elle aimait le quatre quatre

Un homme perdu sur l’île de Ré. Comme compagnie, poissons et crustacés…se trouve un peu seul. Sur le net. Cherche désespérément de la compagnie, une femme ne serait pas du luxe.. La mer il la voit toute l’année. Il a fini par s’y noyer.

Cherche amie désespérément. Il a froid. Va chercher du bois pour mettre dans la cheminée. J’en profite pour l’abandonner.

Ca a quelque chose de pratique le net on peut faire disparaître ce qui gène sans violence, d’un seul clic de souris plus forte que le chat la souris !

L’île d’Ithaque

Des pêcheurs

Des hommes sans maître

Pénélope

Est seule

Son lit

Un désert sans nom

la toile se défaisait

se recomposait

et tout ce temps

elle

elle naviguait à vue

déboussolée

seule

charybde et scylla dans le lointain…

Je m’appelle Héloïse. Drôle d’héritage…………..ce jour là, le jour de la grande décision, le jour de l’attribution de mon prénom, qu’avaient-ils dans la tête mes parents ? je pense souvent à cette nuit-là, ce jour-là peut-être, où ils me nommèrent……ce que je sais c’est que ce choix engagea ma vie .

En me nommant Héloïse mes parents avaient déjà réduit le champ des possibles.

Héloïse et Abélard, Héloïse et Saint Preux, sans cesse, je les croisais ces doubles

Le mélèze perd son feuillage l’hiver

Héloïse a perdu… elle ne sait trop quoi

.

Une sensation que les mots taisent

D’autres personnes

Des inconnus

Sont là bas

Occupent ses souvenirs

Elle a perdu ces recoins

Ces moments où elle reconnaissait chaque fleur

Chaque mauvaise herbe arrachée

Quand elle tondait la pelouse

Elle marchait et regardait

Suivait un chemin

La ligne de l’herbe coupée

Aujourd’hui elle erre dans la ville

Préfère se perdre loin de ses souvenirs

Elle s’est perdue à Prague

Minuit

Elle ne reconnaissait plus rien

Tout se confondait

Paniquée

Elle a téléphoné

Ne voyait plus rien, ne comprenait plus rien

C’est cela l’abandon

Elle l’a tellement vécu…

Le mélèze

Elle s’en souvient…

Pénélope la psychanalyste du net. Ca aurait pu être le titre d’un livre . Toutes ces errances, ces échecs…Sa femme est partie avec leur enfant, cette réalisation commune d’un amour ancien…il se retrouve comme un con, c’est ce qu’il dit. Il met sa cam, ne croit pas lui-même à sa probable séduction. C’est vrai qu’il n’est pas séduisant. Les yeux cernés, le teint blafard façon cam, il veut retrouver sa femme.Ca dure une heure, deux heures, trois heures… ça n’en finit pas. Je me tais,…je suis un peu épuisée. Un tel besoin de parole ; du silence qui explose et qu’on n’arrête plus, j’ai envie de dormir. 

Il sort de prison..demande soudain conseil aux pseudos connectés. Il ne lui reste que peu de jours pour trouver du travail.

Nuits blanches et la peur du noir

Ils parlent

Se disputent

S’aiment

Enfermés dans cet espace utérin nommé cam

Paroles vides

Mais paroles lourdes

Elles font vivre, exister..

Puis ils se couchent…la peur éteinte.

159 morts à Madrid

Cela faisait plusieurs semaines qu’Héloïse s’était déconnectée du réel. ……….

Depuis qu’elle avait opté pour la solitude, après le départ de son mari , le monde lui semblait ouvert et terrible en même temps……..terrible parce qu’elle ne l’avait jamais vraiment habité……….et maintenant, ces espaces infinis…..crainte émerveillée…

159 morts à Madrid

C’est à Budapest qu’’elle partit…………avait ainsi évité Madrid

159 morts

A Florence elle avait eu un sentiment d’étouffement. C’était probablement la faute de ce dôme. Les touristes s’y bousculaient

Les mathématiques, Brunelleschi, les traités de perspective

Florence pouvait se réduire à une équation

Difficile de trouver les mots pour en parler

Elle se jura de ne pas retourner une quatrième fois dans cette ville ……….elle y avait ingurgité trop de culture et même si socialement cela faisait bien, elle ne trouvait pas agréable ce genre de régime.

Indigestion culturelle

La radio constatait les morts en ce début de mois d’août

Elle donnait les chiffres, dépourvue de tout sentiment

Héloïse avait froid

Depuis des semaines, des mois, elle avait mis son énergie à investir les sites de rencontre et n’en éprouvait que lassitude et une sorte de dégoût pour elle-même et l’espèce humaine.

160 morts si……

Elle coupe le fil

Prend une autre toile

Un nouveau canevas

Jane peint des corps. Des hommes qui marchent..des femmes…elle marche dans la couleur, comme le titre fascinant de ce livre sur l’art qui a retenu son attention.

Elle se noie dans la toile …un peu comme Pénélope

Mais ce n’est pas Pénélope

C’est la toile de tous les possibles

Pas celle des frustrations

C’est la toile qu’elle fait

Pas celle qu’elle subit

Jane aime peindre car à ce moment où sa main s’empare de la craie, de la peinture,

plus rien n’a d’importance

Elle vit

Les corps la regardent

Ils n’ont pas de tête

Pénélope

Au pas léger

Reste devant l’écran

Sérieuse addiction

Multiples contacts et inscriptions

Pas alourdi

Veille tard

Tisse et défait

Les prétendants elle les invente

Les supprime

Les contrôle

Les laisse venir

Les oublie

Oublie Ulysse

Oublie son fils

Pénélope

Amoureuse

Des mots

Elle les frôle

Fragmente

On ne voit que sa tête à travers la lucarne. Il tient un discours cohérent, structuré très rationnel. Il dessine et aime la peinture. Sa compagnie est agréable mais quelque chose gène, dérange….soudain un geste le trahit. Il a reculé et un paraplégique dans une chaise roulante est face à son regard. Il avait inventé autour de lui un monde plein de personnages imaginaires, un monde héroïque plein de fantaisie, un monde où soufflait une liberté de mouvement et d’action. Ce monde le soulageait du sien.

Elle l’a perdu de vue.

Pendant ce temps Ulysse résistait aux sirènes

Attaché au mât

Il teste

Qui il est

Toujours dans l’action

Ne cédera pas aux charmes

C’est ce qu’il croit

Circé a bien compris

Elle l’a accueilli…….

Pénélope

Elle rencontre

écrit la toile

Tisse

Prend les mots

S’égare

Garde

Ce qu’elle fuit

Souvenir

Inquiétant du soir

Les prétendants sont menaçants

Beaucoup de voyages.

Internet, msn.

Du vide aussi

plaisir d’écrire

Beaucoup de solitude

Restent des

Fragments décousus

Pénélope les rassemble au matin

Elle ira jusqu’au bout

Comprendre

Ce nouvel ordre des sentiments

Cette confusion des sentiments

Ces nouvelles liaisons dangereuses

Elle se promène au milieu de ces désirs

s’y perd parfois

aussi

Il y eut la période maternelle

Les enfants qu’elle désira

Elle s appliqua comme les autres parents en mettant tout en œuvre pour bien faire

Héloïse n’aimait pas les géniteurs de ses enfants. Raison de plus pour que ce soit une histoire réussie entre elle et ses enfants.

Accessoires les géniteurs

Elle fit ses enfants sans se préoccuper de ces hommes

Puis les enfants grandirent

Elle regretta

Trop de décalage entre eux et ses projets

Je te dis qu’elle ne sait pas ce qu’elle veut

Je te dis

Il aurait pu se taire

Ces mots la rappelaient à l’ordre viril

Elle n’écoutait pas

Les enfants grandissent et ne parlent que trop

Elle se demande pourquoi elle a joué à la mère 

Elle s’ennuie

Ne sait plus qui aimer

Je crois que ta fille a des problèmes

Elle bouche ses oreilles

Pensait appeler sa fille Julie

Les enfants, c’est l’accomplissement de la femme

Sa raison de vivre

Pour dire cela autrement Héloïse avait cru à la maternité……

Elle s’était un peu trompée ; vaste illusion que la sienne ; ces années de renoncement, ces maris qu’elle avait subis sans jamais les avoir vraiment désirés….

Ce ventre qui devenait énorme

Et s’il restait ainsi ?

Sa réflexion qui s’amenuisait de jour en jour

Se transformait en ventre

La lourdeur du corps

Les femmes sont faites pour la procréation

Naître pour renoncer à tout

Ainsi parlait le grand père

Il n’avait renoncé à rien lui

Etait parti quelques années

Personne ne savait où

Un jour il était revenu

On ne lui avait rien demandé

La vie avait recommencé

La grand-mère se taisait

Elle les voyait toutes ces femmes

Héloïse et Saint Preux

Apprendre à se taire

Tuer ses désirs

Héloïse en avait trop de désirs…

Malheur à qui n’a plus rien à désirer

C’est ce qu’écrivait Julie

Elle eut des enfants

Confusion du désir

Héloïse était seule

Un corps fait pour la maternité

C’est ce que disait le grand père

Elle pensait à sa grand-mère

Je fais une pause lecteur

Pas toujours évident de suivre le fil de cette longue histoire

La toile se tisse peu à peu

Mais si tu perds le fil, il y aura des trous..et ce n’est jamais bon.

Toi aussi lecteur tu es dans la toile

Les hommes mariés sont nombreux. De l’aventure à moindre coût

.

Pour une soirée au restaurant on peut faire l’amour aussi longtemps que l’on veut à la femme de son choix.

l’épouse officielle pour la maintenance

Et on s’offre une rencontre sur internet.

Il y a des hommes, il y a des femmes

Les sites

Ils s’y font mal aux doigts

S’usent à ce jeu virtuel

Elle les a nommés ces hommes …

Egarés

Egarés du désir

Sans égard pour eux-mêmes

Des paroles qu’elle file

Et entrelace

Cancer du poumon

Il en crève

Visage du langage

Fidèle à sa toile

Il veut du sexe

Satisfaire sa perversité

Veut du sexe

Pas du texte

Elle tisse ses errances

Ces paroles éparpillées

Il bande dans son lit d’hôpital

Est seul

.

Elle a oublié Ulysse

Personne

il l’a dit

Cet homme

Fidèle à Ithaque

N’y reviendra jamais

Circé lui tissait son retour

Il baille

Se recouche

Elle le rejoint

Un fleuriste

Un poissonnier

Elle additionne les rencontres insolites

Et sait très bien que tout cela n’a pas de sens

Un nombre incalculable de mois qu’il n’a pas eu de contact charnel

Il vient

2 heures du matin

S’engage à une simple discussion

Ne veut pas l’effrayer

Sur la cam il est séduisant

Elle ne voit que sa tête

A oublié qu’un homme est aussi un corps

Aurait dû se méfier

Il arrive………il est gras

Moins séduisant

Un peu repoussant

Se présente

Défend sa fibre paternelle

Aime sa fille

Assassine son ex compagne au passage

Incapable dit-il de comprendre le sens de l’éducation

Rien d’autre que sa propre conception à lui d’ailleurs

S’écoute parler

Elle fatigue

Sa main glisse

Elle a envie

Laisse faire

Puis se demande ce qu’elle attend d’un tel déficit de l’’imagination

Jouit vite

S’en débarrasser le plus vite possible

Elle s’endort

Il est parti

Elle dort encore

Il n’a pas de tête

Son être se réduit à son torse et à ses cuisses

Ni beau ni laid on n’en saura jamais rien

J’en ai croisé un …

je lui ai demandé pourquoi

Il avait le sida

silence de

Pénélope

Elle danse devant sa cam

Seule

Son mari n’est pas là

Elle s’ennuie au jeu de la séduction

Là elle a un public

On la trouve jolie

On le lui dit

Elle existe

Ce soir elle retrouvera sa solitude

Il appelle

Est agressif

Tout seul ce soir

Il a bu comme souvent

S’endort

Sur le canapé

Ne sait plus qui il est

La suppression du contact……….

Il disait m’aimer

Je l’ai supprimé

Jour de ménage………..effacer ces contacts, ces rencontres qui n’en sont pas

N’en seront jamais

Ephémères échantillons

De la solitude

Du repli sur soi

De la peur de soi

Et des autres

Paradoxe de la rencontre

Ancien pilote

Aime le champagne

Le garde dans sa bouche

Veut le mettre dans son sexe

Elle le retire du texte

Prendre la voiture

Rendez-vous dont on connaît l’issue

Se perdre chaque jour un peu plus

Le veuf

Je suis le veuf

Le ténébreux

L’inconsolable…………

Cela traîne en ma mémoire

En l’écoutant

Sa femme est morte

Il lui appartient

Ne peut en abandonner le souvenir et la chair

Elle était avec lui à l’arrière de la moto

Le jour de l’accident

Il crie

Se jeter par la fenêtre

Oublier

Enfin cesser de ………

Parmi les vivants

Il ne peut plus

L’homme des mots

faux

Métaphores trop usées

Il me fatigue

Sexe par procuration

Me dit qu’il va m’exciter

Je baille

J’attends qu’il raccroche

Passer à autre chose

Il se veut près dans son éloignement

Je le trouve envahissant

Par sa fausse spontanéité

Je mets le téléphone sous l’oreiller

Et l’oublie………………

L’homme à la Porsche

Un universitaire

Un bac plus 9

Deux agrégations

Un ancien journaliste

Dissèque

Observe

Epluche

Sèchement

N’a pas de cœur

Avide

De la vie des autres

Amour hermaphrodite

Version tragique de la peur du sida

D’un individualisme dépourvu de toute singularité

Jambes écartées

Sexe offert

A l’œil de la cam

Pas d’odeur

La main s’active

Ouvrière

solitaire

tactile

ne touche rien

n’habite nulle part

Acteur porno

Il rêvait d’être artiste

Croyait qu’il percerait ainsi

Les écoles ne servaient à rien

Selon lui

Toujours selon lui

Sa puissance créatrice

Un jour serait reconnue

Rêve immature

D’un enfant fatigué

Blasé

Lassé

Délaissé

Livré surtout au tout est possible

Sans se protéger

Il ne faisait aucune phrase

Bonjour

Comment va

Suis là

Des sons

Lapidaires

Il ne savait plus où était le réel

Son monde était pauvre

Pauvre

Triste

Sans image

Sans verbe

Sans rien

Bonsoir

Bonjour

J’ai envie de toi

…………..

Pandore la séductrice

Bovary fleur bleue

Pénélope et le net

A un cancer

Veut jouir

Avant de. …

cherche un bon coup

lui dit

Tous les soirs il est là

Mais à heure fixe

Tard

Il attend

Il insiste

Elle répond

Quelques instants

Abandonne

Désir

Peut-on dire cela de lui

Quand il la voit ?

Non

Il n’a pas baisé depuis des mois

Lui dit deux mots

Et

Trop tard

Il éjacule

Ravi

Gêné aussi

Elle l’a oublié………….

Et si Pénélope se faisait une toile

entracte

oui Lecteur le rythme est rapide

les rencontres se succèdent, s’enchaînent

le temps du net est instant, point

mon écriture accélère

elle devient point de suspension…

Il aime les clubs

Passer de l’autre côté du miroir

Alice

Sans lapin

Même pas drôle

Pas attachant

Le plaisir désabusé

A perdu

Son

Sourire

De quoi faire pleurer Sade……………..

Il y a les hommes de la morale

Ceux qui croient aux vertus du couple

L’amour ils y croient

Sont touchants

Elle n’a jamais su aimer

Les ignore

Tous les jours elle attend

Quelqu’un

Elle ne sait pas

Elle attend

Elle s’est arrêtée

Attend la surprise

L’événement

La fin de cette attente peu attentive

Elle n’attendait

Ni son fils

Ni son chien

Elle attendait

La rencontre

Pas une rencontre particulière

Pas une journée particulière

Elle glissait sur les sites

Sans se noyer

Elle n’avait aucun contentieux avec Poséidon

Égarée au milieu des siens

Égarée du désir

Déjà du temps d’Ulysse

Chômeur

Ne part pas en vacances

Rmiste

Est sur le chat

Des vacances pas chères

Déprime

Leçon du libéralisme

Il appelle tous les jours

Joue sur le mystère de la voix

Tactique du prédateur que protège la curiosité de l’autre

Charmeur du net

Ne passera pas au réel

Attendre une image, une voix

Sans jamais l’atteindre

Aimer l’absence

Un nom

Devenir silence absent

Pas de voix depuis deux jours

Elle fait l’amour

Se sent vivre

Erotisme de la rencontre

Nouvel ordre amoureux

Nouveau marché

Amour à bon marché

Pénélope tissait et se murait dans son silence.

Elle chate sur le net.

Ulysse et les Lotophages

Et s’il oubliait, s’il ne revenait pas, s’il abandonnait l’histoire

(pour écouter la sienne à perte de vue.)

Pénélope, il pourrait l’oublier

Télémaque, un fils qui se défile

Argos un chien fidèle à une épopée à laquelle il ne comprend rien.

Athéna aurait réglé seule ses comptes avec Poséidon

Hélène

Achille et Patrocle

Agamemnon

Paris

En aurait-on parlé ?

Pénélope aurait-elle seulement tissé sa toile

Ces nouveaux fragments amoureux qu’elle ne laissera pas à décrypter aux papyrologues

de l’école d’Athènes?

Son cancer le ronge

Il lui demande à nouveau du sexe

Elle lui offre du texte.

Chemin caillouteux et sableux

Elle le prend tous les jours

Au rythme des Beatles

Chemin sinueux et troué

Perdu au milieu de la montagne

Elle l’emprunte

Ulysse n’aime pas les chats

Préfère les chiens.

Au début était le verbe.

Pénélope, qu’en dis-tu ?

Pourquoi te tais-tu ?

Au début était le verbe..

Non

Au début c’est le désir….

Tu l’as compris Penelope

Toi qui cours après ce manque

Après ces riens

Toi qui cours..

Un nouveau rendez-vous

Au port

Le mouillage d’Ithaque

Il l’attend

Heureux

Repas au restaurant

Jazz sur les quais

Elle se retrouve dans une chambre

Infestée de cafards

Tout est resté en état

Les tasses dans l’évier

Les vêtements dans le placard

Coupure d’eau dans les toilettes

Elle ferme les yeux

Ne dort pas cette nuit-là

Il croit

Qu’elle a joui

Flip…Avec un pseudo pareil il y a de quoi s’inquiéter

Il la trouve très belle

Est jeune

Quelques années de moins

Se dit scotché à l’image

Ne peut s’en détacher

Pressé de la rencontrer

Echange de téléphone

L’invite au restaurant

Elle attend encore…

Il la rappelle

Six mois silencieux

Le temps de guérir

C’est ce qu’il dit

A retrouvé le désir

Se dit libertin heureux

Veut coucher avec elle

Satisfait de le lui dire en face

Courageux ce jour-là

Elle lui sourit

Son désir n’est que retrouvailles avec la vie

Il voulait mourir, ne bandait plus

Se nourrissait de films pornos

Maintenant il bande trop.

Et Ulysse ?

Toujours pas rentré

Il surfe sur l’océan

Il s’est perdu

Mais n’est pas un égaré

Ulysse

Tu fuis sans cesse ce retour

Dont tu ne rêves pas

Désires-tu encore Pénélope ?

Pénélope au temps suspendu

Ulysse a disparu

On a beaucoup parlé de lui

Moins de Pénélope

Elle qui efface ses désirs

Tous les soirs

Elle a perdu son chat

L’avait confié à une rencontre

Il croit l’avoir retrouvé

S’est tout simplement trompé de chat

D’histoire aussi, d’ailleurs

Lui qui ne veut pas de sexe

Pas de texte

Mais s’ennuie

Il propose une ballade à Prague…

Elle en revient

Phase terminale du cancer du poumon

Veut du sexe

Elle lui propose de tisser la toile

Il s’énerve.

Pénélope s’ennuie

Sa toile n’avance pas

Ce jour-là il pleuvait

Gris du ciel

Boue

Elle baille

Voit passer un aurige

Bel homme

Le regard fixé sur la route.

Il sait où il va.

Elle monte à bord

Et part.

Direction Budapest.

Le voyage dure plusieurs jours.

Lui fixe la route du regard.

Les paysages défilent

Paysage des Carpates

Ciel bas, gris du ciel

Ici il n’y a pas la mer

On ne peut pas surfer

Juste se laisser conduire.

Routes escarpées, montagnes arrondies,

Epaisses et peu accueillantes.

Pénélope a froid

Pénélope fatigue

Que tisser sans la toile ?

Silence de Pénélope

A perdu le fil

Arrivée à Budapest

Buda à l’ouest

Pest à l’est

Pénélope fait une pause

Regarde le soleil revenu

La terre bleue

Les montagnes des Carpates sont loin.

Le rire des clients de l’hôtel

Elle se sent bien, n’attend rien,

Laisse venir.

A pris son appareil-photo

Un livre

Paix à Ithaque

S’installe à une table au bord du Danube

Ses prétendants elle les a tous abandonnés

Prend son stylo

Ecrit

Elle écrit

Mais quoi ?

Pourquoi ?

Elle regarde l’aurige au regard fixe.

Au matin elle s’est levée tôt

Déjeune, se lave,

Réfléchit à la journée qui l’attend

Prend son guide et le referme.

Préfère se perdre

Aller à la rencontre

Dans ce pays un peu sauvage

Fermé sur lui

Elle sourit…

A qui ?

Elle marche

Elle a oublié le passé

Elle a oublié qui elle était

Elle se met à marcher

Elle marche

18-41-56

Au moins elle reconnaît les chiffres dans un pays où la langue lui échappe

Rencontrer à Budapest

Mission presque impossible

Ici on n’est pas habitué

On se sent étranger qui dérange

Et pourtant quelque chose l’attire à Budapest

Pas ses monuments envahis par les touristes

Pas ses habitants

Quelque chose

Quelque…

Rencontrer

Sortir de soi

Ne pas se fourrer dans les bras de quelqu’un

Laisser Ulysse dans ceux de Circé.

Au détour d’une avenue

Tirésias

Il l’attend

Elle le rejoint

Que lui dit-il ?

Elle doit repartir

Ne pas rester à Budapest

Ne pas rentrer à Ithaque.

Son discours est trouble

Elle ne comprend pas

Mais rappelle l’aurige

Au regard fixe

Monte à bord

Ne sait pas où elle va

Mais elle part

S’installe à bord

…………………………………………………………

Ulysse contemple le corps de Circé

Il ne reviendra pas à Ithaque

Quitte l’histoire.

Il est mort ce matin

Le cancer a eu raison de lui

Il n’aura plus le choix entre le sexe et le texte 

Pénélope opte pour l’autoroute

Ne retourne pas dans les Carpates

Prend la route de Florence

Renaître.

Devenir

Elle regarde le ciel

Une étoile danse

L’aurige se tient droit

Il regarde la route.

Fin

Maryse Emel

Vertige du risque

Tout est prévu

 

Si vous vous êtes fatiguée allez à la campagne ! Alors je cherche. Je lis une annonce qui me convient. C’est un gîte dans un corps de ferme. Il y a des commentaires. Dommage dit l’un d’eux, qu’il y ait de la boue. Le plaisir de la campagne a ses limites ! Nous ne cessons de rêver d’écosystème, mais la boue terreuse en semble exclue.

 

La Musique

 

J’ai mis du temps à comprendre que la vraie marque de distinction culturelle était la musique. Je cherche un cinéma et me trompe de lieu. Ma tenue ne révèle pas autre chose que détente ou dilettantisme : une femme énervée, agacée et agaçante me demande ce que je fais là. Je reste muette ne sachant plus où je suis . Ici on joue un opéra me dit-elle. C’est de la musique chantée… et c’est long rajoute-t-elle. De quoi creuser l’écart !

 

Conte

 

Il est en bas de l’immeuble. Il a pris des cartons et s’en est fait une maison.
Il était un petit homme, Pirouette, cacahuète…
Les contines n’ont jamais été des contes pour enfants.

 

Dans la marge

 

On donne plus au handicapé dans une société qui voit dans le handicap un manque, une privation. Le handicap pose la question de la valeur de nos normes. Monde à sens unique où la norme est portée par les bien-portants. Habitons la marge, seul lieu possible de la correction. Corriger suppose rectifier. Il faut se situer à côté de la norme pour en mesurer la courbure.

 

Voir

 

Qui dit que les yeux sont faits pour voir ? Nous voyons parce que nous avons des yeux. C’est l’habitude qui nous les a rendus nécessaires. Il y avait d’autres possibles. Tirésias était aveugle et voyait au-delà du regard. Oedipe voyait clair et devint parricide puis épousa sa mère. Il creva ses yeux.

 

Méfions-nous de la morale

 

Moi, je… qui est ce je ? Un pur énoncé du discours ? Une intériorité secrète… J’opte pour la relation. Bien sûr c’est paradoxal. Moi semble exclure l’autre. Mais comme il est prisonnier de sa reconnaissance par celui qui fait face ou marche à ses côtés, il en est tributaire. Pas d’orgueil sans la présence de celui qui m’ouvre à ma présence. Chercher la bienveillance est un principe moral qui me refuse toute autonomie. La relation doit être biface : autrui est aussi en relation. Nos orgueils se croisent. Exister c’est sortir se soi pour retourner à soi. La vie est plus que ce mouvement d’extériorité. Elle intègre l’autre comme celui qui me fait choisir ma vie… l’orgueil n’est pas qu’un moment fustigé par la morale. C’est la condition de son dépassement, le point zéro de la vie sociale. Une éthique.

(

Les trois Petits Cochons

 

Le meilleur bien sûr est celui qui a pris le temps de construire la maison en briques.
Le loup souffla souffla et la maison ne bougea pas.
La chèvre de Monsieur Séguin était trop indépendante.
Le loup la mangea.
Le petit chaperon rouge était trop coquette…et faillit y passer
Le vieil âne gris mourut d’épuisement…
Morale bourgeoise…libre d’énoncer des poncifs…
Elle asphyxie l’homme ou la femme porteurs de création.
Existe-t-il une morale non bourgeoise ?
Je la cherche.

 

La Liberté Handicapée

 

Dans l’imaginaire collectif le handicap fait peur. Les uns détournent le regard, d’autres observent avec une curiosité mêlée de crainte et de satisfaction. Le handicap c’est la contingence, ce qui aurait pu ne pas arriver si…

Les entreprises ont leur quota, la curiosité publique aussi. Peu efficace celui qui en est atteint dans une société du profit.

Hors jeu. Hors tout.

On parle sans cesse de lien social. Le handicap délite le lien. D’ailleurs on dit le handicapé. On en oublie l’humain. Une voiture stationne sur une place réservée aux… handicapés.

 

Pertes et Profits

 

En ces temps de jouissance comme nous le commande le goût de la propriété, il y a ceux que l’on assiste… au point de leur rappeler sans cesse qu’ils sont sous tutelle. On appelle cela bienveillance. C’est à ces moments là qu’on voit les ravages de la bonne conscience. Les ravages aussi de tous ces discours généralistes. Un handicapé a besoin de…

Le handicap c’est terrible. Terreur pour qui ?

Oui c’est terrible quand on oublie que ce substantif est une personne avec ses histoires, sa mémoire, sa parole, son silence. Alors on parle à sa place. On se met littéralement à sa place.

 

Le Don

Etre au monde c’est un don. Un donné. Existence nullement réfléchie, juste vécue. Mais ce donné ne revient pas à se donner.

Allez à l’école!

Ils y vont tous les jours, un peu perplexes. Leur professeur leur a dit qu’école en grec se traduit par liberté. L’école c’est le loisir. Pas les loisirs. Pas la consommation. Alors un petit malin pose la question : et après c’est quoi ? Silence du pédagogue

 

Exister

redesigntheway:

Exister n’est pas vivre. D’où les querelles sur l’euthanasie. D’où la réflexion nécessaire sur le travail. Pourquoi ne travailler que pour reproduire sa force de travail ? Le salaire ne fait pas vivre. Il entretient la machine.

 

Serpentins

 

Une vipère en colère, c’est la vie de mon père une couleuvre qui se coule et œuvre à son repos quotidien, c’est la vie de ma mère. Un aspic pas très loin d’un as de pic au jeu de cartes de ma grand-mère, se piqua d’aller rendre visite à son ami le boa, grand buveur de bons mots depuis ses jours passés à l’ombre du cou de la femme du contremaître . Le boa voit l’aspic, mais surtout un courtier, à dos de mulet. De le rencontrer ici il ne se sent plus de joie. Il ouvre un large bec et aspire le pauvre aspic. Morale : dans ce monde des reptiles, aux sinueuses démarches rampantes, ne faites jamais confiance à un boa constrictor. Son monde est celui des courtiers d’assurance, et il est peu contrit par le destin d’un aspic qui s’était trompé de chemin.

 

J’ai rencontré Betty Boop

 

Fantasme du masculin, elle est la Marilyn brune, miroir de la blonde. Elle est sur scène, pas très loin du loup au regard rapace. Les dollars l’embaument. Elle joue avec lui. Que faire d’autre avec les financiers ? Se jouer de leur boulimie vorace et puis éteindre les feux de la rampe. Betty Boop le sait, elle qui chante mièvrement le désir vide de celui qui possède tout

 

Les feux de l’amour

 

Elle se met sur le canapé. Fatiguée de ses journées où tout se répète dans la tiédeur moite de ce printemps de mai. On lui a offert du lilas. Comme tous les ans, elle aime sa senteur. Mauve embellie. Un clic sur la télécommande… L’amour pour rêver, ou faire semblant d’y croire. L’amour degré zéro de l’écriture qui emplit cette liberté en friche. L’amour n’existe que dans les rêves du solitaire… ou l’écriture du poète porté par un divin enthousiasme. Amour carton-pâte, amour cartoon de la télé-réalité.

 

redesigntheway: “ La Philosophie peut-elle nous aider à décrypter «le monde du travail» ? C’est le pari que nous avons fait avec @maryseemel. Retrouvez ses billets #philo ici : http://blog.redesigntheway.io/tagged/MaryseEmel ”

 

La Philosophie peut-elle nous aider à décrypter «le monde du travail» ?

C’est le pari que nous avons fait avec @maryseemel. Retrouvez ses billets #philo ici : http://blog.redesigntheway.io/tagged/MaryseEmel

 

Il s’appelle Job

 

Il s’appelle Job. Il a tout perdu en un jour. Sa réputation, sa famille, sa fortune. Dieu voulait l’éprouver.
Il y a beaucoup de Job qui n’ont pas encore rencontré Dieu pour leur en expliquer la raison.
Ils attendent dans des endroits de fortune espérant une venue, un message.
On les prend pour des fous. Peut-être ont-ils passé la frontière du raisonnable. Mais la raison n’en est-elle pas là quand elle devient calcul de ratio, comptable de mes repas possibles en fin de mois, juge de mes actes quand j’ai faim ?

 

Certains avancent à coup de pompe

 

Et ils pompaient, pompaient, pompaient…Vous vous rappelez ? Il y a ceux qui pompent à l’école , pompeur souvent arrosé celui qui te pompe toute ton énergie celui qui a de belles pompes, dans la langue de Molière, eh oui ! Faut le lire Molière avant d’en parler celui qui donne un coup de pompe celle qui a un coup de pompe devant un grand brun aux propos pompeux le pompier et le pompiste qui en ont….des pompes…dans le style humour pompier Ne me casse pas les pompes…plus délicat La Pompadour et les pompes funèbres….quel rapport ? Les grandes Pompes les Shadoks pompaient, pompaient les tueurs de mots Motus

 

Il s’appelle Job

 

Il s’appelle Job. Il a tout perdu en un jour. Sa réputation, sa famille, sa fortune. Dieu voulait l’éprouver.
Il y a beaucoup de Job qui n’ont pas encore rencontré Dieu pour leur en expliquer la raison.
Ils attendent dans des endroits de fortune espérant une venue, un message.
On les prend pour des fous. Peut-être ont-ils passé la frontière du raisonnable. Mais la raison n’en est-elle pas là quand elle devient calcul de ratio, comptable de mes repas possibles en fin de mois, juge de mes actes quand j’ai faim ?

 

Le rouet de la fortune

 

La Belle aux Bois Dormants dans la cour du château se délassait. De quoi ? De son oisiveté sans doute. Puis vous connaissez la suite : au rouet elle se piqua. C’était alors le début du syndicalisme. La femme au rouet avait demandé une augmentation de salaire, compte-tenu de la plus-value et des années d’exploitation de sa personne. Ne comprenant rien au discours de l’économie keynésienne, le roi et la reine avaient tenté de l’amadouer en partageant le gâteau. Elle était allergique à la farine de blé. Elle se vengea avec son rouet et la belle princesse, leur fille, s’endormit sur son beau lit fiscal. Ce que l’on sait moins, c’est qu’un Prince charmant, peut-être le mari de Blanche Neige occupée par ses pépins, s’était perdu dans la forêt – la psychanalyse je la laisse à Bettelheim. Bref il s’était égaré. Il découvrit alors la belle endormie. Il vit le lit. Son meilleur ami s’occupait de redresser les comptes (ou les contes ? ) de l’Etat. C’est pour cela qu’il l’embrassa, c’est à dire la prit dans ses bras, non pour lui faire la cour mais pour l’emmener de ce pas à la cour aux contes ou aux comptes, comme vous voulez ! Et là on lui fit un sort. Depuis elle veille au grain, et lit Piketty.

 

Une éducation d’avant-garde

 

Qui peut assurer que les sept nains de l’histoire aimaient aller casser des pierres ou que Blanche Neige aimait jouer du plumeau ? Ils chantaient pour y croire et elle, elle avala une pomme tant la boulimie la guettait. La pomme et ses pépins… vous saisissez ? D’accord elle a eu des pépins, des ennuis, comme on dit, avec sa marâtre. Celle-là l’avait mise d’abord entre les mains d’un chasseur pour lui apprendre le jeu du loup et de la brebis. Il en eut assez de toujours gagner. Il la déposa chez les sept nains. Ils lui offrirent un plumeau, mais elle parlait trop. Alors la marâtre déguisée en marchande, lui fit avaler la pomme et ses pépins. Et elle couva, couva… une sorte d’insémination avant l’heure. Un preux et jeune chevalier passait. Clef en main la princesse : un plumeau et des petiots. Une bonne augure pensa-t-il en jeune homme bien élevé. Un gain de temps ! Guerroyer, il irait et la donzelle à la maison resterait. Elle n’en attendait pas tant Blanche Neige, le modèle pour petites filles sages ; elle eut un hoquet de joie et eut des prématurés.
Morale de l’histoire : si vous voulez bien éduquer les filles, donnez-leur des pommes à manger ! Elles en oublieront leurs désirs gourmands… se marieront et beaucoup d’enfants elles auront. Une aubaine pour Pôle Emploi.

Changer de logique

 

La cigale ayant chanté tout l’été se trouva fort aise quand la bise fut venue…elle avait décidé de prendre en main sa vie, et chanter lui était plaisant. Alors fi de la loi d’accumulation, de la jouissance du propriétaire terrien et des fatigues au quotidien. Sa voisine la fourmi, à force de mettre à l’abri ses réserves, avait obtenu un mois d’arrêt pour dépression. Et, ne connaissant pas la chanson, elle ne sortait plus de son lit. La cigale lui rendit visite, et ressortit aussi sec. Elle était à sec, certes, mais sa voisine la fourmi nageait dans l’infini océan de la nuit et du doute, lâchant peu à peu prise. Elle était maintenant bien loin de la marge rassurante qui la séparait du bord.

 

Puit sans fond

 

La source a tari, on lui dit puise encore, va plus au fond,
Il y retourne
Cherche encore
Le puits est sec et la terre boueuse jadis montre ses veines desséchées
Il puise le vide
Dans un cri il ouvre ses veines
Et puise
Nosferatu de la nuit
L’étoile se meurt de cette vision

 

Marcher Droit

 

Tripalium, un mot latin pour dire la douleur du travail, pour marcher droit, ne pas sortir du sillon.
Pas de déambulation. Juste une démarche inscrite dans le corps et le cortex. Apprendre à démarcher, s’adapter au marché sans flâner…
Sillonner les routes de l’information sans répit, hors de soi, out, burnout

redesigntheway: “ Par Yang, Jenny Chan, Xu Lizhi aux ed Agone, coll Cent Mille Signes Pendant que l’Occident prépare sa révolution numérique, de l’autre côté, en Chine, Foxconn, multinationale de la sous-traitance de l’électronique inflige de telles...

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Par Yang, Jenny Chan, Xu Lizhi aux ed Agone, coll Cent Mille Signes

Pendant que l’Occident prépare sa révolution numérique, de l’autre côté, en Chine, Foxconn, multinationale de la sous-traitance de l’électronique inflige de telles conditions de travail aux ouvriers, la plupart immigrés, que pour éviter les suicides massifs, des filets sont attachés aux fenêtres. N’empêche. Ces hommes et ces femmes privés d’avenir préfèrent encore mourir. La sociologue Jenny Chan enquête et explique comment certains entrepreneurs en arrivent à une totale déshumanisation de l’humain.

Tuer la réflexion, la rêverie, l’imaginaire… c’est tuer l’homme.

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Ruminer

 

Les vaches sont paisibles et ruminent dans le pré. Ruminer lentement…pléonasme. A-t-on déjà vu une vache foncer dans un champ pour se jeter dans l’herbe et l’avaler d’une traite ? Non. Peut-être dans les dessins animés. Une vache qui jouerait à chat perché ? Une vache qui se prendrait pour un taureau dans une sorte d’erreur d’aiguillage de la reproduction. Rumine c’est vrai la vache. Prend son temps. L’image de la pensée à l’œuvre comme disait Nietzsche. Rien à voir avec la mouche, même si nous ne savons que si peu de choses à propos des mouches. Il y a bien sûr les mouches de la vengeance qui collent à la peau, si on s’appelle Sartre. La mouche au cinéma, celle qui vous transforme en monstre, la mouche de la Précieuse, le mouchoir que vous jetez aux pieds de la femme élue – rien à voir avec la bestiole volante – la mouche de la colère, la mouche qu’il gobe – on ne gobe pas une vache – la mouche parasite alimentaire…certes la vache peut être mouchetée, attirer les mouches, elle poursuit la rumination de ce lait à la couleur florale de l’embellie d’un après-midi. Il y a de la délectation dans la pensée.

Pénélope femme libre

 

Elle attend Ulysse sans l’attendre Son attente est faite de mots, de la trame du texte, Les prétendants elle s’en moque. Elle tisse. Toile du désir, elle crée sa vie. Travaille au rythme de son désir Elle n’attend pas Ulysse, juste ce désir de vivre que son œuvre réalise. Femme cadre dit-on d’elle. Elle est aux Ressources humaines. Sa mission elle l’a acceptée : alimenter les chiffres du chômage. Elle examine les plans de restructuration. Elle y trouve son nom. C’est son tour. Elle a cinquante ans. Moins productive, moins naïve aussi. Elle ouvre la fenêtre. Respire. C’est l’heure. Elle reste là à regarder l’horizon. Elle n’ira pas à Pôle Emploi. Non. Elle ira prendre les rayons matinaux du soleil Et réfléchira. C’est si rare quand on est cadre de penser à soi. Il est l’heure de s’affranchir et de suivre du regard l’horizon qui s’ouvre. La fin n’est que le commencement d’une nouvelle histoire. Elle prend sa toile et tisse son histoire.

 

Histoire d’âne

 

Il était une fois un âne. On les qualifie souvent de benêts les ânes Une vieille histoire sans doute qui doit leur venir d’un âne un peu susceptible C’est vrai qu’à bien y réfléchir, il y en a un L’âne de Buridan Une vieille histoire de logique L‘âne de Buridan est une fable philosophique célèbre, attribuée au philosophe scolastique Buridan et mettant en scène un âne qui se laisse mourir de faim, faute d’avoir pu choisir entre un plat d’avoine et un seau d’eau. Situation absurde. On choisit toujours. Pour Descartes, on se laisse porter par les événements, ce qu’il nomme liberté d’indifférence. Mais on choisit. Non répond Leibniz : « Il y aura donc toujours bien des choses dans l’âne et hors de l’âne, quoiqu’elles ne nous paraissent pas, qui le détermineront à aller d’un côté plutôt que de l’autre. Et quoique l’homme soit libre, ce que l’âne n’est pas, il ne laisse pas d’être vrai par la même raison, qu’encore dans l’homme le cas d’un parfait équilibre entre deux partis est impossible. » On cherche alors à se connaître pour éviter d’être victime de soi…ou on agit en usant bien de sa volonté. Descartes appelle cela la générosité. Volonté sous emprise ? Peut-être. Mais si l’illusion rend « content » pour parler comme Descartes je préfère. Absurdité logique rétorque Leibniz. Les choix ne sont jamais équilibrés. A nous alors de repenser la logique.

Châteaux de sable

 

Deviens ce tu es écrivais Nietzsche. Phrase énigmatique de l’oracle de Delphes.
Conjuguer le présent au futur pour en faire un présent.
Ne jamais se baigner deux fois dans la même eau.
Réaliser ce « moi » en sachant qu’il n’est pas figé dans une identité morbide.
Le travail qui me fixe un poste…
Me laisse à mon poste
Comme un vigile qui jamais ne dort et ne sort de là où il est
Enfermé dans un impossible devenir
C’est ignorer l’humain que de vous demander de rester là…et de ne pas ouvrir un au-delà du sable mouvant.
Ignorance sans émotion qui vous laisse vous enfoncer doucement dans les limbes accueillantes du silence

 

Pour méditer : Rodin

redesigntheway:

Ce qui manque le plus à nos contemporains, c’est, il me semble, l’amour de leur profession. Ils n’accomplissent leur tâche qu’avec répugnance. Ils la sabotent volontiers. Il en est ainsi du haut en bas de l’échelle sociale. Les hommes politiques n’envisagent dans leurs fonctions que les avantages matériels qu’ils peuvent en tirer, et ils paraissent ignorer la satisfaction qu’éprouvaient les grands hommes d’État d’autrefois à traiter habilement les affaires de leur pays. Les industriels, au lieu de soutenir l’honneur de leur marque, ne cherchent qu’à gagner le plus d’argent qu’ils peuvent en falsifiant leurs produits ; les ouvriers, animés contre leurs patrons d’une hostilité plus ou moins légitime, bâclent leur besogne. Presque tous les hommes d’aujourd’hui semblent considérer le travail comme une affreuse nécessité, comme une corvée maudite, tandis qu’il devrait être regardé comme notre raison d’être et notre bonheur. Il ne faut pas croire d’ailleurs qu’il en ait toujours été ainsi. La plupart des objets qui nous restent de l’ancien régime, meubles, ustensiles, étoffes, dénotent une grande conscience chez ceux qui les fabriquèrent.L’homme aime autant travailler bien que travailler mal ; je crois même que la première manière lui sourit davantage, comme plus conforme à sa nature. Mais il écoute tantôt les bons, tantôt les mauvais conseils ; et c’est actuellement aux mauvais qu’il accorde la préférence.Et, pourtant, combien l’humanité serait plus heureuse, si le travail, au lieu d’être pour elle la rançon de l’existence, en était le but ! Pour que ce merveilleux changement s’opérât, il suffirait que tous les hommes suivissent l’exemple des artistes, ou mieux qu’ils devinssent tous des artistes eux-mêmes : car le mot dans son acception la plus large signifie pour moi ceux qui prennent plaisir à ce qu’ils font. Il serait à désirer qu’il y eût ainsi des artistes dans tous les métiers : des artistes charpentiers, heureux d’ajuster habilement tenons et mortaises ; des artistes maçons, gâchant le plâtre avec amour ; des artistes charretiers, fiers de bien traiter leurs chevaux et de ne pas écraser les passants.Cela formerait une admirable société, n’est-il pas vrai ? Vous voyez donc que la leçon donnée par les artistes aux autres hommes pourrait être merveilleusement féconde.-‘

Attraper l’étoile filante

 

A quoi bon imaginer ? Imagination maîtresse d’erreur disait Pascal. Il écrivait cela à propos de l’amour. Si j’aime c’est souvent les qualités, c’est-à-dire ce qui est éphémère en l’individu, ce qu’on appelle l’apparence. Dix ans après la foudre, elle dit, il dit…ce n’était que cela ? et dire que j’ai consumé ainsi dix ans de ma vie ! On a aimé son travail. On rêvait alors. On imaginait. On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans écrit Rimbaud. Certes ! Mais vivre c’est croire en soi, en toi, en ce travail qui est moi aussi. Puis le temps passe…non c’est moi qui passe. Et je pense. Je pense à ma vie, à ce travail qui s’est emparé de moi. Qui me laisse aujourd’hui désemparé. Je clamais alors ma liberté. Je reste là devant mon écran plat. Vivre c’est s’imaginer dans un désir de soi qui jamais ne s’éteint. Voilà ce que j’ai compris. Alors je sors et je cours. Je veux rattraper cette étoile qui file dans le ciel, semblable à ce désir qui jaillit de l’homme libéré des contraintes de l’apparence, de la femme qui s’anime de cet accomplissement de soi.

Fatalité

 

J’aime cette phrase de V. Jankelevitch :

L’antiphilosophie risque, par sa stérilisation et le tarissement à la source, de fabriquer une génération d’abrutis manipulables et parfaitement dociles, incapables non seulement de réagir, mais de comprendre l’enjeu” .

La liberté ce n’est pas tout accepter. Soumission quand tu nous tiens !

Penser est la première liberté, celle qui nous enjoint de risquer nos certitudes, de les mettre à l’épreuve, de les passer au scalpel du doute. Il ne s’agit pas de s’enliser ou de se noyer dans l’océan sceptique.
Je n’ose plus sortir. Les médias entretiennent cet étrange sentiment qui m’éloigne de moi chaque jour un peu plus. Les salariés attendent un plan de restructuration. Délocalisation.
Je suis abattu.
« Ainsi n’est-on jamais sûr d’obtenir ce que l’on avait prévu. Le risque alors c’est de s’en remettre, vaincu, aux affres du hasard, ou de la fatalité, ce qui revient au même. Dans ces deux cas on n’agit pas, on se laisse mener par les circonstances. » Aristote, Ethique à Nicomaque

Le risque, ici, c’est de ne pas choisir, de ne pas se risquer, se soumettre à l’ordre des choses qui m’ordonne de me taire.

Risquer de tout perdre ou de gagner : tel est le choix

 

Réveille-toi !

 

Dans la rue il y a cet homme qui a tout perdu. Sans travail, sans domicile, perdu à lui-même. La nuit il a peur du silence des étoiles. La peur nous habite tous. Et si …si je perdais mon travail ? si je ne trouvais plus la force de répéter cette mécanique matinale ? Me lever, déjeuner, préparer cette mise en scène de moi-même ? Je lis Epictète. Nous craignons d’abord des représentations fruits de notre imagination. Cette peur de demain n’est que crainte de ce qui n’est pas encore, de ce qui n’est pas. Je redoute un a-venir qui n’est que fossilisation de mes projections. Réveille-toi homme de la rue… libère ta force créatrice ! Ce n’est pas le moment de renoncer à ce qui fait en toi l’humain. Risque-toi à vivre…

Vertige du risque

 

Sensation d’oscillation au bord du vide. On va tomber, on sent l’appel de la béance. Ouverture des possibles. Résister à ce gouffre. Il est au travail. Ce travail l’absorbe. Il y est nuit et jour. Même quand il rentre chez lui, son absence à ce monde-refuge l’inquiète. Il voit trouble. Où sont ses assises ? Il est enlisé dans ce quotidien. Univers bienveillant de la performance à laquelle son âge ne peut échapper. Il doit choisir. Risquer ce confort douloureux. Choisir ou prendre le risque de sa liberté. « Il est libre Max » chante la radio Oui, lui aussi au bord du vertige peut s’envoler.